Côte d'Ivoire - Soro : "Mon destin est formidable"

C'est le premier entretien qu'il accorde à la presse depuis son élection. Porté à la tête de l'Assemblée nationale avec un score quasi soviétique, le 12 mars, Guillaume Soro savoure. Pour l'ancien chef rebelle devenu, en à peine dix ans, numéro deux de l'État ivoirien, c'est une consécration. Et un tremplin.
«Mon destin est formidable ! » Mardi 13 mars dans l'après-midi, alors qu'il vient tout juste de passer ses pouvoirs à son successeur, Jeannot Ahoussou-Kouadio, le désormais ex-Premier ministre Guillaume Soro ne dissimule pas son plaisir, presque son vertige, lors d'une longue conversation téléphonique avec Jeune Afrique. Il est vrai qu'on ne peut pas avoir été leader de rébellion puis ministre d'État à 30 ans, chef du gouvernement à 34 ans et - depuis le 12 mars - président de l'Assemblée nationale à 39 ans, le tout dans un pays aussi richement doté que la Côte d'Ivoire en politiciens de qualité, sans en éprouver un frisson de narcissisme.
Le 8 mars, au sortir d'une entrevue avec le président Ouattara au cours de laquelle il lui a, comme convenu de longue date entre les deux hommes, remis sa démission de Premier ministre, Guillaume Soro téléphone à son mentor, son grand frère et son Pygmalion de toujours, Blaise Compaoré : « Voilà, c'est fait, lui dit-il. Je suis désormais au chômage. Il va falloir que tu m'envoies chaque mois un boeuf et un sac de riz pour nourrir toute ma famille. » Le chef de l'État burkinabè éclate de rire : il connaît, pour l'avoir coécrit, le scénario qui est en train de se dérouler entre Abidjan et Yamoussoukro.
Si j'avais accepté le deal de Gbagbo, l'Histoire aurait été différente.
De fait, Soro ne restera que quatre jours sans emploi. Le lundi suivant, seul candidat au perchoir, il est élu avec un score quasi soviétique : 236 des 249 députés ont voté pour lui, sans tenir compte du fait que, à deux mois près, le nouvel élu de Ferkessédougou n'a pas l'âge requis (40 ans) pour le poste. « Qui peut le plus peut le moins, commente-t-il. L'article 48 de la Constitution a permis à tout le monde de se présenter à la présidentielle de 2010, sans tenir compte de la limite d'âge. Cette disposition s'applique a fortiori à l'Assemblée nationale. Quant aux treize députés qui se sont abstenus, je les remercie. L'unanimité aurait été embarrassante. »
Amères. Un plébiscite tout de même, qui propulse Guillaume Soro au deuxième rang de l'État ivoirien. Un statut enviable et qui n'a rien de symbolique : en cas de décès ou d'empêchement du président, c'est lui qui assure l'intérim. « Je mesure pleinement la confiance que me fait Alassane Ouattara. J'imagine qu'il a dû peser, soupeser et repeser cette décision », dit-il, comme pour répondre à ces quelques voix amères qui susurrent que le chef a pris un risque en choisissant un ex-rebelle ambitieux pour un poste aussi sensible. Après tout, même s'ils se connaissent depuis une quinzaine d'années et s'ils ont, depuis un an, cohabité sans heurts au pouvoir, Ouattara et Soro ne sont pas issus de la même matrice. Le second doit beaucoup plus, en termes d'apprentissage et d'accompagnement politiques, à Blaise Compaoré qu'au premier, et sa loyauté envers Laurent Gbagbo jusqu'à l'élection présidentielle a longtemps nourri, dans l'entourage de Ouattara, des soupçons de partialité. Mais tout a changé au lendemain du 28 novembre 2010 lorsque Soro, ulcéré par le comportement de Gbagbo entre les deux tours, conscient du fait que ce dernier ne lui réservait aucun avenir politique et prenant acte du résultat officiel du second tour, a basculé définitivement dans le camp du vainqueur assiégé. « Je crois que la confiance que m'accorde le président repose sur deux choses, analyse, lucide, Guillaume Soro. Le 28 novembre, après avoir confisqué le pouvoir, Gbagbo a voulu passer un deal avec moi. Si j'avais accepté, l'Histoire aurait été différente. Or j'ai refusé. Puis j'ai engagé les Forces nouvelles, mes troupes, dans la bataille. Nous avons gagné, nous avons pris Yamoussoukro puis Abidjan et j'aurais fort bien pu, dans la foulée, ramasser la mise pour moi. Or je ne l'ai pas fait. Qui d'autre Alassane Ouattara a-t-il pu tester de façon aussi précise, cruciale et déterminante ? »
Au-dessus de la mêlée. Son avenir, Guillaume Soro le voit d'abord dans la proximité. « Président de l'Assemblée nationale, c'est une lourde responsabilité », reconnaît-il, et peu importe à ses yeux si, en l'absence du Front populaire ivoirien (FPI), aucune opposition significative n'y siège. « Ce ne sera pas une chambre d'enregistrement, ce n'est pas mon genre. Il n'y aura ni complaisance, ni chèque en blanc délivré au gouvernement, j'y veillerai. Mon successeur à la primature et moi avons travaillé ensemble pendant quatorze mois. Je l'apprécie. Mais il me connaît. »
Il est clair également que Guillaume Soro n'entend pas se désintéresser d'un dossier qu'il suivait presque heure par heure lorsqu'il était Premier ministre : la refonte de l'armée et le sort des ex-rebelles. « Je reste là, en back-office », promet-il. Le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi, qu'il avait lui-même choisi, à qui il s'est efforcé de beaucoup déléguer et qui a été reconduit dans le nouveau gouvernement, servira de courroie de transmission. Quant aux Forces nouvelles (FN), dont il est le secrétaire général, il entend, assure-t-il, s'en retirer, le poste étant incompatible avec une présidence de l'Assemblée « au-dessus de la mêlée ».
Reste qu'il y a de fortes chances pour que ce retrait soit avant tout formel. Le nouveau secrétaire général, qui devrait être connu dans un ou deux mois après une réunion au sommet, ce sera lui et personne d'autre qui l'aura adoubé. Un moment caressée, l'idée de transformer les FN en parti politique est écartée depuis septembre 2011, quand celui qui était encore Premier ministre a décidé de se présenter aux législatives sous l'étiquette du Rassemblement des républicains (RDR), le parti de Ouattara. Une formation dont il se sent proche mais à laquelle il n'a pas - ou pas encore - adhéré, préférant attendre de voir si l'ambitieux projet de fusion organique entre ce parti et celui d'Henri Konan Bédié, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), prend corps. Chez Soro, on l'aura noté, le mot rassemblement revient fréquemment, comme s'il voulait en faire la pierre angulaire de son destin politique.


Lire tout l'article sur Jeuneafrique

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Chers intervenants,

Vous qui réagissez sur ce site , êtes priés de respecter certaines règles ; pas de propos à caractères : racistes, tribaux, antisémites ,xénophobes et homophobes, provocant à l’encontre des autres

Le non-respect de ces règles conduira à des sanctions ; l’effacement des messages sans avertissement et exclusion définitive du site.