La vice-présidente de l'Association marocaine des droits humains (AMDH) regrette que les autorités marocaines ne prennent pas suffisamment à bras-le-corps les questions de racisme qui continuent de se poser avec acuité dans le royaume. Notamment vis-à-vis des migrants subsahariens de plus en plus nombreux.
Les médias et réseaux sociaux ont récemment diffusé des photos de
pancartes affichées sur quelques immeubles casablancais où il était
stipulé "Interdiction de louer des appartements aux Africains". Le Maroc
est la première destination des migrants subsahariens en Afrique du
Nord. Étudiants, travailleurs ou réfugiés, ces derniers sont victimes de
violences, au mieux verbales, au pire physiques. Les incidents qui se
multiplient, selon les associations de défense des droits de l’homme,
sont révélateurs d’un climat hostile aux Subsahariens. Désunis au
départ, ils ont, ces derniers temps, investi l’espace public pour
défendre leurs droits. Ils se sont organisés en syndicats et collectifs,
accompagnés d’associations locales et étrangères. Parmi elles,
l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Créée en 1979, l’ONG
œuvre pour le respect de la dignité des migrants. Elle sensibilise les
Marocains à ce genre de discrimination et de lutte contre l’indifférence
des autorités à leur l’égard.
Khadija Ainani, vice-présidente de l’AMDH nous parle de ce racisme ordinaire. Interview.
Khadija Ainani :
Effectivement, il y a eu quelques cas où des pancartes affichées dans
des immeubles interdisaient la location aux « Africains ». Mais nous
sommes marocains. Et donc africains. Cette interdiction devrait donc
s’appliquer à nous aussi! Ces écriteaux sont choquants. Tout comme le
constat récemment établi que certains propriétaires font payer aux
Subsahariens des loyers plus élevés que la normale.
Dans la rue, on leur crache dessus ou
leur lance le mot « âazi » qui veut dire « sale noir ». Certains
chauffeurs de taxi ne les prennent pas, prétextant des interdictions de
la part de la sûreté nationale. Parfois même, dans les universités, les
professeurs parlent arabe pour qu’ils ne comprennent pas.
Même les médias marocains ont tenu des
propos racistes. Certains responsables politiques incitent à la haine et
criminalisent la présence des subsahariens au Maroc.
À la mi-juillet, des rafles ont été
organisées au sein des communautés de sans-papiers à Taourirt, Tanger et
surtout à Nadour, où la répression a fait des blessés. Au lieu de les
renvoyer directement chez eux comme stipulé dans la loi marocaine, les
autorités les éloignent et les abandonnent dans le Sahara proche de
l’Algérie, en espérant qu’ils quittent le territoire. La frontière étant
fermée entre l’Algérie et le Maroc, ils se retrouvent en ping-pong
chassés par la police des frontières de chaque côté.
Le racisme est en tout cas de plus en
plus visible. Certaines formes sont parfois encouragées par les
autorités. D’après un rapport de 2011 de la section AMDH de Taourirt,
les autorités locales ont à un moment donné interdit aux commerçants de
vendre leurs produits (alimentaires et autres) aux subsahariens, puis
ont encouragé certaines personnes à les chasser des villes. On essaye
d’améliorer les choses en tant que militants des droits humains et des
migrants. Mais, en face, les responsables marocains ne veulent pas
entendre parler du problème. Ils affirment que le racisme n’existe pas,
que le Maroc est un pays d’accueil. Nous demandons à l’Etat de respecter
ses engagements et de respecter la culture de tolérance et
d’inter-culturalité entre les peuples.
Le PAM a proposé cette loi pour lutter
contre le racisme anti-noir. Je pense que c’est une mauvaise idée et une
forme de discrimination. Pourquoi une loi contre le racisme anti-noir?
Il faut proposer une loi qui criminalise tout type de discrimination.
L’État marocain a signé des conventions
internationales sur le sujet. Il doit maintenant adapter sa législation
pour lutter contre toutes les discriminations : couleur de peau,
religion, genre… Si les autorités continuent de nier le phénomène, ce ne
sera pas évident de faire voter la loi.
Et puis, les lois seules ne sont pas
suffisantes. Nous avons besoin d’autres soutiens : celui de la société
civile, et la communauté subsaharienne marocaine. On compte aussi sur le
soutien de l’Union européenne. Tout en prétendant vouloir lutter contre
le racisme, elle fait pression sur le Maroc pour empêcher les
migrations des subsahariens vers l’Europe.( Jeuneafrique )

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