Alors que la cour fédérale se prononcera mardi sur le report de leur expulsion du pays, la famille camerounaise Fuh-Cham lançait dimanche un dernier appel à la population.
Hilary Fuh-Cham et sa femme Yvette sont originaires du petit
village de Weh, au Cameroun. Issus de la minorité chrétienne du village, ils
disent avoir refusé de se conformer aux coutumes traditionnelles de la région,
avant d’arriver au Canada, il y a 7 ans.
«J’ai refusé de boire du sang d’un dieu. On me disait que ça
me donnerait des pouvoirs», se rappelle M. Fuh-Cham, aujourd’hui employé de UPS
et résidant de LaSalle. «Ma fille et moi aurions dû subir une mutilation
génitale [selon les traditions], poursuit sa femme Yvette. Il y a beaucoup de
choses qu’on nous demandait de faire qui ne sont pas humaines. Ce sont des
coutumes qui sont très fortes», ajoute-t-elle.
Avec l’accumulation de la pression des notables du village,
et après avoir tenté de trouver refuge auprès d’un prêtre, le couple et sa
première fille arrivaient au Canada en 2007. Leur demande d’obtention du statut
de réfugié est envoyée quelque temps après.
Ce n’est qu’il y a deux ans que le verdict a été rendu. La
demande est refusée et la famille doit retourner au Cameroun.
«Mais les gens de mon village ont perdu confiance en moi.
Tout ce qu’ils veulent, c’est me tuer. Ils veulent mon fils pour me remplacer
et le forcer à faire ce que j’ai refusé de faire, craint M. Fuh-Cham. J’ai reçu
plusieurs appels me disant que si je reviens au Cameroun, je serais en danger.»
Les deux demandes de résidence permanente pour des
considérations d’ordre humanitaire envoyées depuis ont également échoué. «À
chaque fois, ils se sont fait dire qu’il n’y avait pas assez d’informations
[pour prouver les dangers auxquels ils sont exposés]», a expliqué Laura
Whelton, une amie de la famille présente au rassemblement de soutient organisé
dimanche devant la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde.
«On leur demande de prouver quelque chose qui est difficile
à prouver, parce que ce ne sont pas des coutumes qui sont publicisées, et les
excisions ne sont pas réalisées dans un hôpital. Aucun médecin ne peut en
attester l’existence», a fait valoir Michael Di Girolamo, agent de pastorale
social au diocèse de Montréal.
Il y a un peu plus d’un mois, le gouvernement fédéral leur
envoie officiellement leur date d’expulsion du pays, fixée alors au 9 octobre,
puis repoussée au 11 octobre. Mais selon le processus, la famille a droit à une
troisième demande de résidence permanente. Les documents sont actuellement en
traitement. La famille demande un report de leur expulsion pour que soit
d’abord entendue cette troisième demande.
«Depuis que la famille a rendu public leur situation, ils
reçoivent plus de soutien. Ils ont reçu notamment une lettre du prêtre de leur
village qui atteste que leur retour dans le village serait dangereux pour eux»,
note Mme Whelton.
La cour fédérale rendra sa décision sur cette demande de
sursis mardi.
«Nous travaillons ici, nos deux derniers enfants sont
Canadiens. Nous sommes bien ici au Canada. Nous sommes bien intégrés. Ici,
c’est notre pays», a lancé dimanche Mme Fuh-Cham lors du rassemblement.
La députée fédérale néo-démocrate de LaSalle-Émard, Hélène
Leblanc, suit le dossier depuis ses débuts et espère que le gouvernement
canadien reconnaitra les craintes de la famille.
«Je considère que cette famille est très bien intégrée. Ils
ont l’appui de la communauté St. John Brébeuf et de plusieurs autres personnes
de Montréal. C’est important d’en prendre conscience. Ça me brise le cœur que
le Canada veuille les déporter», soutient Mme Leblanc.
La députée a déposé deux pétitions à la Chambre des communes
pour dénoncer leur déportation, dont la deuxième a recueilli 1951 signatures.
Source :journalmetro

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