Le siège d'Areva, ancien fleuron
du nucléaire déjà au cœur du scandale Uramin, faisait l'objet mardi d'une
perquisition dans le cadre d'une enquête sur une vente, présumée douteuse,
d'uranium nigérien en 2011. Menée depuis le matin au siège de la société à La
Défense, elle était toujours en cours en fin d'après-midi, d'après une source
proche du dossier. Areva «confirme une perquisition» et «collabore étroitement
avec la justice», a déclaré le groupe, sans donner d'autres détails.
Cette opération, réalisée par les
enquêteurs de la brigade financière de la police judiciaire, porte sur une
affaire de courtage d'uranium nigérien qui s'était traduite par d'importantes
pertes pour Areva, ont indiqué des sources proches du dossier. L'affaire,
baptisée «Uraniumgate», fait l'objet d'une enquête préliminaire ouverte par le
parquet national financier en 2015
Elle avait éclaté en février 2015
avec la publication, dans l'hebdomadaire nigérien Le Courrier, de documents portant
sur la vente à l'automne 2011 d'une importante quantité d'uranium pour 320
millions de dollars. Le stock avait dans un premier temps été cédé par Areva à
une société russe, Energo Alyans, qui l'avait ensuite revendu à la société
Optima Energy Offshore au Liban. Quelques jours plus tard, Optima avait vendu
l'uranium à la Société de patrimoine des mines du Niger (Sopamin), contrôlée
par l'État nigérien. Areva avait alors racheté ce stock à la Sopamin à un prix
bien supérieur à celui auquel elle l'avait cédé au départ.
Commission et rétrocommissions
«Il s'agissait d'une opération de
trading dans le cadre d'une offre intégrée», a indiqué en avril au Monde
Christophe Neugnot, le porte-parole d'Areva. En clair, le groupe français était
en contact avec un opérateur intéressé par l'achat de centrales nucléaires qui
souhaitait aussi, afin de sécuriser son approvisionnement, obtenir de
l'uranium. «Finalement, la vente du réacteur ne s'est pas faite, nous avons
racheté l'uranium», avec au bout du compte «une perte de 18 millions de
dollars», avait ajouté Christophe Neugnot.
Les enquêteurs s'interrogent sur
les plus-values empochées par des intermédiaires, notamment «82 millions de
dollars pour Energo Alyans (...), inconnue des traders (et) qui aurait
totalement disparu peu de temps après les faits», d'après le journal Jeune
Afrique. «Ils cherchent à savoir si, d'une manière générale, ce montage
pourrait avoir servi à dissimuler des commissions ou des rétrocommissions»,
d'après une des sources proches du dossier.
Seconde enquête
Le groupe est au cœur d'une autre
enquête sur l'acquisition d'une société minière canadienne, Uramin,
propriétaire de trois gisements d'uranium en Afrique, pour laquelle il a
déboursé 1,8 milliard d'euros en 2007. L'opération avait tourné au fiasco:
après le départ de sa patronne Anne Lauvergeon, Areva avait divisé par cinq la
valeur de la société et passé, fin 2011, une lourde provision de 1,5 milliard
d'euros.
Ce rachat controversé est au cœur
de deux informations judiciaires. L'une porte sur des soupçons d'escroquerie et
de corruption lors de l'acquisition d'Uramin, l'autre sur les provisions
inscrites par Areva, les magistrats soupçonnant des responsables du groupe
d'avoir présenté des comptes inexacts pour masquer l'effondrement de la valeur
de la société canadienne.
Sous la houlette de l'État
français, Areva est engagé dans une vaste restructuration. Son activité
réacteurs doit notamment passer sous le contrôle d'EDF d'ici la fin de l'année.
Ces mesures doivent lui permettre de se relever de lourds revers imputables aux
déboires de la construction de son réacteur EPR en Finlande, au fiasco
financier de l'acquisition d'Uramin et à la morosité du secteur de l'atome
depuis l'accident de Fukushima (Japon) en 2011.

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