Mise à jour: Sofiane Chouabi a été remis en liberté dimanche 5 août à l’aube d’après le site de la radio Mosaïque FM. Selon les précisions apportées par le site Nawaat.org, l’affaire n’est pourtant pas terminée ..
: « Le
journaliste Soufiane Chourabi a été libéré aujourd’hui après son audition par
le procureur de la république de Nabeul. Le journaliste Mehdi Jelassi et la
jeune fille qui l’accompagnaient ont également été libérés. Le procureur n’a
pas retenu l’accusation d’ »atteinte à la morale et aux bonnes mœurs » contre
les deux deux journalistes mais les renvoie devant un juge pour « consommation
d’alcool dans un lieu public ». La date du procès n’a pas encore été annoncée.
»
Aucune poursuite n’a été engagée à l’encontre de la jeune
fille qui les accompagnait.
Le blogueur Sofiane Chourabi a été arrêté dans la nuit du
samedi 4 août alors qu’il était sur une plage de Nabeul. Si les raisons de son
arrestation son claires «atteintes aux mœurs», les preuves de sa culpabilité le
sont moins.
Le cas de Sofiane Chourabi, blogueur dont l’arrestation a
fait polémique dimanche 5 août, est-il le début d’une politique de répression
envers les blogueurs? Les forces de l’ordre ont donné pour motif «l’atteinte
aux bonnes mœurs» selon l’article 226 bis du code pénal, fréquemment utilisé
dans des cas d’arrestation de journalistes, artistes ou encore blogueurs. Cet
article qui fait parti d’une section concernant les bonnes mœurs et le
harcèlement sexuel a été rajouté en 2004 au moment où le régime Ben Ali lançait
une campagne justement pour «préserver les bonnes mœurs» comme prétexte pour
restreindre es libertés individuelles. L’article stipule que:
«Est puni de six
mois d’emprisonnement et d’une amende de mille dinars quiconque porte
publiquement atteinte aux bonnes mœurs ou à la morale publique par le geste ou
la parole ou gène intentionnellement autrui d’une façon qui porte atteinte à la
pudeur.»
Sur Facebook, le débat fait rage car beaucoup considèrent le
geste du blogueur comme une «provocation» en plein mois ramadanesque. Quant à
la blogosphère, elle soutient l’inculpé mettant l’arrestation sur le compte
d’une atteinte aux «libertés individuelles». En effet, l’arrestation ne semble
pas répondre aux critères qui permettent d’inculper une personne pour état
d’ivresse.
D’ailleurs, le chef d’inculpation n’évoque pas un « état d’ébriété
sur la voie publique » qui aurait pu être un motif d’arrestation. Deux versions
ont été données. Celle de l’avocate de Sofiane Chourabi, maître Lina Ben Debba,
qui a déclaré que le blogueur avait été arrêté alors qu’il dormait dans une
attente avec deux autres personnes sur la plage à Mansoura dans le gouvernorat
de Nabeul. Son état d’ivresse tout comme «l’atteinte aux mœurs» n’aurait pas
été prouvés. L’autre version donnée par la police, confirme la thèse d’une
consommation d’alcool et de la présence d’une mineure avec le journaliste
blogueur. Sur le réseau social, le débat fait rage entre ceux qui défendent le
blogueur et d’autres qui soulignent ces circonstances aggravantes, ne tolérant
pas le facteur alcool dans l’affaire.
«C’est une question de respect, il ne faut pas provoquer»
déclare un internaute sur le Facebook Tunisien. Pendant le mois saint, la vente
d’alcool est «interdite» aux Tunisiens que ce soient dans les cafés comme dans
les supermarchés. Bien que cette interdiction corresponde à une circulaire que
le Ministère de l’Intérieur a appliquée lorsqu’il a décidé de fermer des cafés
dans le quartier d’Ennasr au début du Ramadan, il est difficile de savoir dans
de connaître la valeur réelle de cette «loi» qui aurait plus une assise sociale
que juridique. Mais si le débat continue autour de l’alcool et des «mœurs»,
d’autres faits viennent corroborer la thèse d’une arrestation ciblée et préméditée:
Sofiane Chourabi est un blogueur réputé pour son militantisme et a été l’un des
principaux défenseurs du cas des deux internautes de Mahdia condamnés à sept
ans de prison pour la caricature du prophète. Il a aussi appelé à manifester
dimanche 5 août alors que le Ministre de l’Intérieurl’avait interdit. La police de Menzel Temime aurait été
informée de sa présence sur la plage d’El Mansoura par un indicateur. Le soir
de la nouvelle de son arrestation, la blogueuse Lina Ben Mehni et d’autres
manifestants partis sur l’avenue Habib Bourguiba pour soutenir Sofiane Chourabi
ont été tabassés par la police et dispersés à coups de matraques. Il semblerait
que la blogueuse ait été particulièrement visée par les policiers, elle a passé
une partie de la nuit aux urgences.
Ces faits interviennent dans un contexte tendu où la liberté
d’expression en Tunisie est aussi menacée par un projet de loi proposé par le
parti Ennahdha sur l’incrimination de l’atteinte au sacré. La question reste:
ce resserrement autour des « bonnes moeurs » est-il orienté vers les tunisiens
ou sert-il seulement de prétexte pour arrêter les militants pour la liberté
d’expression? Durant ces derniers mois, d’autres blogueurs ont été la cible ou
témoins d’attaques policières.
Au début du mois de juillet Zakaria Bouguerra
fréquemment arrêté par la police, a témoigné de la violence verbale dont avait
été victime l’actrice Rym El bana en pleine rue. Azyz Amami et lui avaient
porté plainte auprès du Ministère de l’Intérieur. Encore quelques mois auparavant,
c’est le blogueur et journaliste Ramzy Bettaieb alias Winston Smith qui a vu sa
caméra confisquée lors du procès du tribunal Militaire du Kef sur la question
des martyrs.
A l’époque, Ramzy avait déclaré que les militaires lui
avaient lancé «On vous connaît à Nawaat et on vous surveille.» Il avait entamé
une grève de la faim pour protester. Récemment la journaliste et blogueuse
Lilia Weslaty alias Liliopatra à Nawaat, site cyberdissident, s’est faite
agressée en pleine rue par un inconnu qui lui a arraché des mains son
ordinateur portable comme elle témoigne :
«Hier, je me suis
faite agresser par un mec qui avait au plus 22 ans. Il s’est mis tt d un coup
devant moi, m’a bien aspergé le visage avec du lacrymo et m’a arraché mon lap
top. 3 mois avant, quelqu’un est entré à la maison et m a volé mon ordinateur.
Une autre fois, on a essayé de m’arracher mon sac mais le voleur na pas réussi
à le faire. Je ne me sens pas du tout en sécurité. Quand je suis allée voir la
police, le chef m’a dit « A cause des militants des droits de l homme, on ne
peut plus découvrir les voleurs, avant on les poussait à avouer et on
retrouvait la chose volée…Ce qui veut dire que la police ne sait pas faire son
boulot autrement qu’en tabassant les suspects.»
Si la journaliste et blogueuse met cette agression sur le
compte de la délinquance et du chômage, les faits successifs montrent une
étrange coïncidence. Sous la dictature de Ben Ali, les mêmes méthodes
(agressions physiques, intimidations,
arrestations pour des raisons obscures) étaient utilisées pour museler la
blogosphère.
Malgré la notoriété mitigée dont bénéficient certains blogueurs,
les agressions récurrentes et le mauvais rapport avec la police peuvent
présenter une menace pour les libertés et l’étau semble bien se resserrer
autour des défenseurs et militants pour la liberté d’expression. Ils ne sont
pas les seuls concernés par cette recrudescence de la violence policière envers
tout ce qui pourrait représenter une opposition. La semaine passée, de violents
affrontements ont eu lieu à Sfax entre les syndicalistes et les forces de
l’ordre. Lundi 6 août, Sofiane Chourabi comparaît devant le tribunal de Nabeul
1, plusieurs blogueurs se sont rendus sur place pour le soutenir. Le hashtag
#Freesofiane sur Twitter a permis de mobiliser une partie de la blogosphère.
Lilia Blaise -slateafrique

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