« Where are you from ? » Voilà bien la question la plus anodine et la plus complexe qu’on ait jamais posée à Taiye Selasi. Installée dans le salon rond des éditions Gallimard, celle-ci réfléchit. « Comment vous dire ? Allez faire un tour dans cette boîte branchée de Londres qui s’appelle le Medicine Bar, à Shoreditch,et vous comprendrez.
J’y
étais l’autre jour. Je me faisais la réflexion… Les danseurs, coiffures afro,
jeans taille basse, bougeaient sur des mélanges de hip-hop et de djembe, un
remix funky du chanteur nigérian Fela Kuti. Tout ce que j’avais sous les yeux
n’était que brassages, emmêlements, amalgames, fusions, alliages… »
D’où venez-vous ? Si on leur
avait posé la question, ces jeunes gens auraient été bien en peine de répondre,
continue Selasi. « Ils sont nés à Accra ou Lagos. Ont été élevés à Toronto ou
Houston. Ils vivent et travaillent aujourd’hui à Londres, mais pour combien de
temps ? Je dis toujours, pour faire un jeu de mots, qu’ils sont, non pas “lost
in translation” mais “lost in transnation” », note-t-elle en souriant. « Et si
vous leur aviez dit : “Où vous sentez-vous chez vous ? Where is home ?”, alors là…
Vous auriez obtenu toutes les
réponses possibles ! “Home”, pour ces jeunes, ça peut être mille choses. Le
pays de naissance de leurs parents. Là où ils sont allés à l’école. Le lieu de
leurs vacances. L’endroit où ils ont vécu cette année. Ça peut être un pays ou
une ville, comme ça peut être la cuisine de leur vieille tante ! »
Source : le Monde

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