Les enjeux et les dérives des églises « réveillées » en Afrique




Un des symptômes très saisissants de la décadence des sociétés africaines est la prolifération des églises de réveil.Tous les pays africains sont concernées par ce fléau qui se développe à un rythme vertigineux. Ces églises ne sont hélas sous aucun contrôle de quelque forme que ce soit.L’impact de ces églises sur la société est une véritable catastrophe (couple brisé,  famille divisée, enfants abandonnés etc…)






La prolifération des sectes que connaît le Cameroun ces derniers temps ne laisse pas indifférents les hommes d’église, pour qui le phénomène traduit l’incapacité des uns et des autres à faire face aux difficultés de la vie. Selon un responsable du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, qui a requis l’anonymat, seules 80 congrégations, ont reçu du gouvernement des autorisations de fonctionnement.



"Mais seulement, au vu du rythme avec lequel les nouvelles églises dites réveillées s’implantent, on est en droit de penser que l’on peut recenser environ deux cents églises au Cameroun. T. Pierre, un père jésuite de l’Eglise catholique, a le sentiment que la prolifération des sectes dans le pays découle du laxisme des pouvoirs publics dans leurs missions de contrôle de tout mouvement religieux illégal qui s’installe dans le pays.



Pour lui, la prolifération des sectes est la preuve que les populations, en quête de foi nouvelle et lasses de suivre le même rituel religieux, veulent expérimenter les autres méthodes pour atteindre Dieu.



Il pense que les Chrétiens sont restés indifférents aux réformes apportées par l’exhortation apostolique post-synodale "Ecclesia in Africa", initiée par le pape Jean-Paul II en 1995, qui a pourtant introduit des innovations dans la célébration des cultes.


Une majorité de femmes

"Dans la rue, on n’est plus surpris de voir les membres de l’Eglise du christianisme céleste, par exemple, tout de blanc vêtus et pied nus, vaquer à leurs occupations quotidiennes sans se soucier des provocations des passants", reconnaît-t-il.

"Je crois en Jésus, c’est pour cela que je ne m’occupe pas de ce que pensent les êtres humains dont la plupart sont l’incarnation du diable", indique Marlyse T., une ancienne fidèle catholique, aujourd’hui membre de l’Eglise du combat spirituel.

Le sociologue Pierre-Marie Kamdem estime que les Camerounais qui s’adonnent aux nouvelles églises sont ceux qui veulent verser dans la facilité, parce qu’ils croient qu’en priant ou en se soumettant à certaines pratiques telles que le jeûne à sec pendant des jours, l’élimination des produits carnés de leur alimentation et le port obligatoire des foulards chez les femmes, ils iront droit au Paradis.

"Ce que les adeptes de ces nouvelles églises, dont la plupart sont des femmes, ne semblent pas comprendre, c’est qu’ils sont manipulés et contribuent de ce fait à l’enrichissement du gourou qui mène une vie de noble pendant que leurs propres familles vivent dans la misère totale", ajoute-t-il.

De nombreux cas de viols

Il cite, pour le déplorer, le cas de sa cousine âgée de 27 ans, nouvellement arrivée à la Sainte église de Dieu qui, bien que versant les deux tiers de son salaire à son pasteur, avait été torturée, ligotée, battue, puis violée toute une nuit à Douala par ses "frères" sous prétexte de la désenvoûter et lui faire un lavage de cerveau. Les cas comme celui de cette dame, qui sont régulièrement dépouillées, violées, abusées par leur pasteur ou les autres membres de l’Eglise, sont légion dans le pays.

Un correspondant de la Radio-télévision publique (CRTV) dans la province de l’Adamaoua, a rapporté que trois étudiants de l’Université de Ngaoundéré, Nguena Marc, Ndem à Beme Emmanuel et Guilembeh à Bémé Sarah, ont été exclus mardi dernier du campus pour pratique de secte.

En fait, il était reproché à ces étudiants, pourtant de religion catholique, d’avoir passé à tabac pendant sept heures d’affilée leur camarade Nicole Aïssatou pour la débarrasser d’un prétendu serpent qui la possèderait et la maintiendrait toute sa vie dans une incapacité à procréer.


 
Cet enfant trouve la mort dans une église à Yaoundé


Des enfants victimes

En mai dernier, c’est l’histoire de Joseph Victoire, dernier né de la famille Nko, au quartier Biyem-Assi, à Yaoundé, âgé seulement de deux ans et demi, qui mourrait d’épuisement et de déshydratation pendant que le reste de la famille était hospitalisé, après 33 jours de jeûne imposé par le père, qui a défrayé la chronique.

Des enquêtes menées par la Gendarmerie sur cette affaire, il est ressorti que Nko Ulissé Gallilée, déçu par le gourou d’une église dénommée "Réma" dont il était membre, se faisait régulièrement escroquer par son ancien gourou et a décidé ainsi de fonder sa propre église.

C’est ainsi que, pour trouver l’inspiration divine du nom de l’église qu’il envisageait de créer et d’en être le maître, il a imposé un jeûne de 40 jours à toute sa famille.

Mme Régine Koumou, guérisseuse traditionnelle, confie qu’elle reçoit et essaye de soigner autant que possible des parents dont les enfants développent des crises de folie après avoir adhéré à une église nouvelle.

Quant à Jonas Domnou, pasteur de l’Eglise Evangélique (EEC), il reproche à ces confrères des nouvelles églises d’abuser de la naïveté de fidèles à la recherche d’un bonheur qu’ils n’ont pas trouvé ailleurs, en les détournant du droit chemin quand ils ne font pas d’eux tout simplement leurs esclaves.Le phénomène des sectes prend de l’ampleur au Cameroun

Le pasteur Kamdem est au Cameroun une des figure de ses églises réveillées


Né dans une famille animiste dans l’ouest du Cameroun, le pasteur est à la tête d’une véritable holding, la Kanodi Ministry Communication.
« Si vous ne donnez pas 10 % à Dieu, le diable prendra 90 %. » La formule n’a pas de sens, qu’importe. Elle fait son effet sur le millier de fidèles en transe depuis une heure dans la cathédrale de la Foi, une église située sur les hauteurs de Yaoundé. A la queue leu leu, hommes, femmes et jeunes gens se dirigent vers l’autel où sont disposés quatre grands paniers en osier. Genou à terre, ils y introduisent un billet de banque, encouragés par les « félicitations » tonitruantes d’un chauffeur de salle. Nous sommes à la mi-novembre, et la bâtisse, un ancien hangar réaménagé, est déjà décorée aux couleurs de Noël. Le pasteur annonce, pour la fête de la Nativité, une grande campagne d’évangélisation à travers la ville « afin d’accueillir l’enfant-roi ».







Dieunedort Kamdem est un élégant, aux allures de dandy anglais. A 38 ans, l’homme, qui n’hésite pas à célébrer la messe vêtu d’un costume croisé rouge vif, jouit d’un statut de quasi-rock star dans la capitale camerounaise, où il écume les plateaux de télévision pour vanter les mérites d’« une Eglise décomplexée quant aux questions d’argent ». « La vraie Eglise de Dieu doit être un facteur de développement et de prospérité », soutient-il en recevant dans son vaste bureau, après le culte. « J’ai fondé la cathédrale de la Foi pour satisfaire un manque. Les cultes traditionnels sont gênés de parler de richesse, de biens matériels. Or, c’est tout aussi important que salut de l’âme. C’est pour cela que nos fidèles sont nombreux. »



« Nous réalisons vraiment des miracles »

Né dans une famille animiste originaire de Baleng, dans l’ouest du Cameroun, le pasteur a trouvé la foi à l’âge de 11 ans, quand, « ensorcelé
et déclaré cliniquement mort », il dit avoir ressuscité. L’adolescent se met alors à fréquenter des groupes de jeunesses du Renouveau charismatique, un « mouvement de réveil » basé sur une expérience personnelle, presque sentimentale, avec Dieu. Au grand dam de ses parents, il est consacré pasteur à 17 ans, après un diplôme de théologie à Fatbicam, la filiale locale d’une école fondée par le pasteur évangélique américain Don Hawkins.

Le pasteur est l’un des tout premiers Camerounais à avoir lancé les campagnes d’évangélisation à l’américaine dans son pays. De « grandes croisades » précédées par d’immenses campagnes d’affichage à travers la ville et diverses animations dans les médias. Une technique marketing qu’il dit avoir découverte lors d’un voyage au Brésil.

Le Cameroun, pays de 23 millions d’habitants, compterait près de 70 % de chrétiens. Selon des estimations difficilement vérifiables, près de la moitié d’entre eux seraient des « born again ». Depuis la fondation de la cathédrale de la Foi, il y a cinq ans, Dieunedort Kamdem revendique pour sa part plus de 10 000 fidèles tous les dimanches dans l’ensemble des 32 églises qu’il a ouvertes à travers le pays. « Notre particularité, c’est que nous réalisons vraiment des miracles », affirme-t-il sans sourciller.

Rares sont les ouailles réunies ce jour à pouvoir en témoigner. Joséphine M., propriétaire d’un magasin de prêt-à-porter confie avoir rejoint les rangs des fidèles en 2011, pour avoir un enfant. A presque 40 ans, elle attend toujours son miracle. « Ce n’est qu’une question de temps », assure Philomène Frida Bisseck en réajustant son foulard noué sur la tête. Veuve à 36 ans avec quatre bouches à nourrir, la jeune mère s’accroche à sa foi dans l’espoir de jours meilleurs.

« L’argent appelle l’argent »

Pour meubler l’attente, Dieunedort Kamdem, qui se présente auprès de ses fidèles ainsi que dans les médias locaux comme « le général de Dieu », a un credo simple : « L’argent appelle l’argent, plus une personne fait des dons plus elle en reçoit. » A la tête d’une véritable holding, la Kanodi Ministry Communication, le pasteur règne sur quatre stations de radio, un journal, une chaîne de télévision et une école de formation de pasteurs, la


Faith Bible Institute, dont il est le doyen. Cent douze pasteurs, dont une dizaine de membres de sa famille, et 500 bénévoles sont entretenus par l’Eglise. Mais le montant des salaires reste secret. Le seul dont Dieunedort Kamdem accepte de parler, c’est le sien, « 400 000 francs CFA en moyenne » (600 euros). Soit sept fois et demi le revenu moyen dans la fonction publique au Cameroun.

On peine à le croire tant le mode de vie de l’évangéliste tranche avec les revenus qu’il déclare. Dans un pays où un quart de la population vit avec moins de 1 euro par jour, il collectionne trois voitures de luxe tout-terrain, ne cache pas ses « fréquents voyages en Europe et aux Etats-Unis ». Son épouse que tout le monde appelle la « first lady », avec qui il a quatre enfants, est, elle aussi, pasteur. Comme son mari, elle anime la messe en grandes toilettes.










Sur les comptes de l’Eglise, le pasteur ne donne pas de chiffres précis mais esquisse un petit calcul à l’aide de l’iPad posé sur son bureau. « Nous avons 3 offices par semaine avec en moyenne 1 000 personnes à chaque fois. Imaginons que chacun donne ne serait-ce qu’une pièce de 100 francs, cela fait près de 15,6 millions de francs CFA par an (23 800 euros). Ce n’est pas beaucoup, vu les charges », dit-il, conscient que la somme réelle collectée est bien supérieure.
Population désespérée Dieunedort Kamdem vend du rêve à une population désespérée par le chômage, qui avoisine les 30 % et des difficultés d’accès aux soins de santé. L’homme est télégénique, s’exprime bien et est doté d’un bon sens du marketing. « Il a une grande force de persuasion et vous fait croire que tout est possible. C’est peut-être vrai. Mais lui sait seulement le dire, souligne, acerbe, Jean-Claude Ondoa Bekono. Ce cadre d’une compagnie de téléphonie mobile à Yaoundé a rejoint l’Eglise du pasteur après une longue maladie. Même pour un simple conseil, il fallait faire une offrande. Je n’avais plus les moyens. »

Si les dons sont vivement encouragés, les fidèles doivent se garder d’en faire l’étalage sonore. Le tintement des pièces de monnaie dans les corbeilles dérangerait le Tout-Puissant. A l’aise avec ses contradictions, Dieunedort Kamdem « interdit formellement ce bruit, fait comprendre que c’est une insulte à Dieu et que cela porte malheur », affirme Jean-Claude Ondoa Bekono. Une consigne qui peut également pousser ses ouailles à ne déposer que des billets.

« J’ai conscience que l’idée de gérer une Eglise comme une entreprise peut gêner. Mais ce n’est que comme ça que l’on peut contribuer au salut des personnes », conclut le pasteur, contestant farouchement l’idée qu’il puisse se faire de l’argent sur le dos de ses fidèles. « Je suis un simple serviteur de Dieu », dit-il sous le regard protecteur de son officier de sécurité. Pourquoi a-t-il besoin d’être protégé par des gros bras ? « Je suis un général de Dieu, un ministre… »







Au Cameroun, les dérives des Eglises pentecôtistes inquiètent

Plusieurs dizaines de lieux de culte pentecôtistes ont été fermés ces dernières semaines au Cameroun.Le président Paul Biya a promis un « assainissement » face aux dérives à répétition de ces Églises qui prolifèrent dans le pays.

« Ma sœur a été violée (…) par des disciples de Tsala Essomba », le pasteur de l’Église pentecôtiste « Va et raconte » , dénonçait, mi-juillet 2013, l’écrivain camerounais Patrice Nganang dans la presse locale. Sévices corporels, séquestration de fidèles et détournement de leurs salaires, travail forcé, escroqueries en tout genre : la liste des dérives imputées aux promoteurs des mouvements religieux pentecôtistes implantés au Cameroun est loin d’être exhaustive.

Inquiètes, les autorités du pays ont déjà fermé plusieurs dizaines de lieux de cultes à Yaoundé, Douala (sud), Bafoussam (ouest) et Bamenda (nord-ouest), où une fillette de 9 ans a trouvé la mort, début août, lors d’une séance d’exorcisme. Toujours à Bamenda, la police avait déjà libéré en mars plusieurs femmes que le chef autoproclamé d’une Église évangélique séquestrait avec leurs enfants depuis 2001. « Ces entités irrationnelles constituent désormais une menace pour la sécurité de l’État, ce sont des mouvements fondamentalistes », souligne Jean-Paul Tsanga Foé, sous-préfet du 1er arrondissement de Yaoundé, qui a ordonné le 24 août 2013 la fermeture de dix églises.
« Ces mouvances néopentecôtiste sont arrivées au Cameroun pendant la période de la crise économique »

Au Cameroun, comme ailleurs en Afrique, les assemblées pentecôtistes, communément appelées « Églises de réveil », explosent, attirant des foules, mais la plupart prêchent dans l’illégalité. Alors que seules 48 Églises sont autorisées au Cameroun, la capitale compterait à elle seule 500 Églises clandestines et, dans le reste du pays, la percée des pentecôtistes serait tout aussi affirmée.

« Ces mouvances néopentecôtiste sont arrivées au Cameroun pendant la période de la crise économique (autour de 1986) et à la faveur de la loi de 1990 sur la liberté d’association », explique le P. Janvier Nama, professeur de philosophie et prêtre du diocèse catholique de Yaoundé. Si tous ne sont pas des escrocs, beaucoup de ces « prophètes » autoproclamés ouvrent une Église « pour exploiter la misère du peuple de Dieu ». Un Camerounais sur quatre vit au-dessous du seuil de pauvreté, jusqu’à 30 % des jeunes des grandes villes sont au chômage et les pandémies telles que le sida ou le paludisme sévissent. Or, les pasteurs pentecôtistes leur font miroiter miracles, guérisons et succès, séduisant des foules souvent crédules. « Dieu m’a envoyé au Cameroun pour bénir et délivrer les Camerounais », assure ainsi, lors d’un culte, Tsala Essomba, l’un des prédicateurs les plus controversés du pays. Les chrétiens « pensent qu’à travers ces discours incantatoires tenus par des assoiffés d’argent, ils peuvent trouver la guérison », critique le P. Nama. Mais « la plupart de ces Églises sont extrêmement dangereuses : comment peut-on demander aux populations de ne pas se rendre à l’hôpital mais d’aller plutôt trouver la guérison dans des incantations ? »
« elles remportent un succès d’autant plus grand que les Églises traditionnelles, catholique et protestantes, ont déçu de nombreux Camerounais »

« Quand la parole est adaptée, elle produit des miracles. Beaucoup de chrétiens viennent chez nous et trouvent des solutions à leurs problèmes », répond Patrick Yoro, responsable à Yaoundé de la Chapelle des vainqueurs, présente dans 51 pays dans le monde. Même s’il admet l’existence de « brebis galeuses » parmi les pentecôtistes, il estime que cela ne devrait pas discréditer la majorité. Pour lui, si les évangéliques séduisent, c’est tout simplement parce qu’ils s’y prennent mieux que les Églises classiques.

De fait, « elles remportent un succès d’autant plus grand que les Églises traditionnelles, catholique et protestantes, ont déçu de nombreux Camerounais, car ces dernières sont pour une grande part inféodées au pouvoir, analyse Fanny Pingeaud, auteur d’Au Cameroun de Paul Biya (Éd. Karthala). En outre, leurs dérives ne sont que le reflet d’une situation bien plus vaste de corruption dans la société camerounaise. »

La Constitution camerounaise consacre la liberté de culte, mais la création d’une association religieuse est soumise à une autorisation du chef de l’État. Pour créer une Église, il faut déposer un dossier au ministère de l’administration territoriale (intérieur). Après vérification des pièces requises, le ministère transmet l’identité du promoteur à la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE, renseignements) pour une enquête de moralité. Ce sont les résultats de cette investigation qui permettent au ministère de classer le dossier ou d’émettre un avis favorable pour le président, qui tranche in fine. La procédure paraît simple, mais, dans les faits, peu d’autorisations sont accordées. Depuis 2009, le président Biya n’a, en effet, autorisé qu’une seule congrégation religieuse. Pourtant, le ministère a émis, depuis 2010, des avis favorables pour plus de 200 dossiers. Saisi d’une multitude de plaintes, Paul Biya, lui-même entouré de mouvances ésotériques, a décidé de suspendre la délivrance de nouvelles autorisations.

«Eglises du réveil», «églises évangéliques», «églises de la guérison», «ministères», «pasteurs autoproclamés»... Toutes sortes de cultes fleurissent depuis des années sur le continent africain, qui promettent monts et merveilles sur terre ou au ciel, en enrichissant les gourous qui les répandent. Certains gouvernements tentent des réglementations.








L'Afrique du Sud veut réglementer ses églises



Le gouvernement a décidé d'ouvrir une enquête sur les différentes églises dans le pays ainsi que sur leur financement. Une décision qui fait suite à plusieurs scandales impliquant des prophètes autoproclamés. Ces églises sont accusées de se faire de l'argent sur le dos des plus pauvres.

Des pasteurs qui font manger des rats et des serpents à leurs disciples, qui leur font boire de l'essence ou alors qui leur sautent dessus à pieds joints. Tout cela au nom de Dieu. Le gouvernement s'inquiète de la multiplication de ces églises jugées commerciales. Impossible de dire combien elles sont.

Mais pour Thoko Mkhawanazi de la Commission de protection des droits religieux ces prophètes autoproclamés profitent du désespoir des gens. « Qu'est ce qui fait que les gens mangent des serpents vivants, boivent du pétrole ou acceptent de se faire piétiner. Pourquoi les gens sont-ils si crédules ? Pourquoi ce niveau de désespoir ? »

Ces églises ont pu se multiplier car la Constitution autorise la liberté de culte et de croyance. Le Conseil sud-africain des Eglises a condamné ces pratiques hérétiques, accusant ces pasteurs d'instrumentaliser le désespoir des plus pauvres pour se faire de l'argent. Dans la plus part des cas ces églises ne requiert pas de droit d'entrée, mais fonctionne sur le principe du don.

Pour Pieter Coetze, qui va participer à la commission d'enquête, il ne s'agit pas d'interdire ces églises mais de contrôler les abus. « Cette enquête n'est pas une enquête sur la religion, mais plutôt sur le mauvaise usage fait de la religion, afin d'éviter qu'il ne se reproduise. » La commission doit rendre son rapport et ses recommandations d'ici avril l'année prochaine.

Au Togo, les ministères pullulent

Ces églises, qui prêchent et qui brisent, ont pris d’assaut les coins et recoins du pays à la recherche des âmes à délivrer. Dans un quartier de Lomé, à Gbégnédji, c’est l’effervescence tous les dimanches. Entre 9h et 13h, l’ambiance est électrique dans la zone à cause des nombreuses églises qui y officient à l’aide d’instruments modernes et de musique.

Elles sont nombreuses, très nombreuses aux dénominations diverses : ministère de la foi, ministère des rachetés de Dieu, ministère du salut et de la vérité… Des ministères, on en dénombre jusqu’à 856 à l’administration territoriale en 2009. Les adeptes y accourent toujours et les voisins ne cessent de s’en plaindre. « Le dimanche après les séances, certains groupes font encore leurs prières à partir de midi. Vendredi aussi. Ça me gène beaucoup », commente une habitante.

Les accusations sont nombreuses. On accuse les pasteurs de ces ministères de vendeurs d’illusion, de prêche à l’envolée avec de grands bruits, du fétichisme pour soutenir leurs affaires d’église… Les pasteurs sont aussi indexés d’adultère. Denise, journaliste a couvert une de ces affaires dans le ministère « power House », il y a quelques jours à Kpalimé, à 126 km au nord-ouest de Lomé, elle raconte : « Ce pasteur serait en train de commettre l’adultère avec une femme. Sous le coup de la colère le mari est allé menotter le pasteur devant ses fidèles pour leur expliquer toutes les manigances du pasteur. »

Ces églises, installées dans les quartiers sombres, en périphérie, à l’entrée des villages ou à leur sorties, ont malgré tout le vent en poupe, des âmes en détresse sont toujours dans l’attente d’être sauvées.







En RCA, le problème des pasteurs radicaux

En Centrafrique, l'Eglise protestante doit faire face à des prédicateurs évangéliques radicaux. Certains prétendent réaliser des miracles. D'autres promeuvent la violence intercommunautaire. Le révérend Nicolas Guérékoyamé-Gbangou est le président de l'alliance des Eglises évangéliques de Centrafrique. Il reconnaît qu'il a parfois du mal à faire face au phénomène.

« C’est une question de formation que les gens reçoivent. Comme je n’ai pas la possibilité d’aller écouter tous les prédicateurs. Mais nous reconnaissons que un peu partout, des gens peuvent dévier dans leurs enseignements, en mettant l’accent sur certains points qui les préoccupent : par exemple la libéralité, les miracles et autres », raconte le révérend, qui essaie de « limiter les dégâts ».

« Lorsque quelqu’un vient et qu’il échappe à notre attention, qu’il vient s’installer ou qu’il sillonne les provinces et qu’on a pas les moyens de l’arrêter, dés que nous apprenons la chose nous interpellons, nous attirons l’attention de nos pasteurs qui sont à l’intérieur du pays », commente Nicolas Guérékoyamé-Gbangou. Mais ce n'est pas toujours évident, « pour un pays de 623 000 km2 ». « Nous n’avons pas les moyens », déplore-t-il.

Avant de conclure : « si c’est à Bangui et qu’on apprend que quelqu’un vient et qu’il donne de mauvais enseignements, on convoque une grande rencontre pour apporter des corrections sur ce qu’il a enseigné. Et c’est comme ça que nous veillons sur la vie de l’Eglise dans la République centrafricaine. »

@WAO /Opinions : animé par Béatrice Seupa

Source:
@.rfi.fr
@afrik.com
@lemonde
@la-croix.com














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