Plus de 200 éléphants ont été massacrés au Cameroun cette année. A ce rythme, il n'y aura bientôt plus de pachydermes dans le pays.
Les éléphants de savane du Cameroun sont-ils condamnés? C’est ce que craignent les spécialistes de la faune au vu des massacres en cours au nord du pays, dans la zone frontalière avec le Tchad .
Depuis cinq semaines, des braconniers venus de l’autre côté de la frontière font des incursions au Cameroun, dans le parc national de Bouba Njida, à la recherche d’ivoire. Plus de 200 bêtes ont déjà été abattues. Les photos sont insoutenables: les chasseurs utilisent des armes lourdes et les animaux sont ensuite dépecés et leur viande récupérée par les populations locales qui la consomment.
D’autres témoignages font état d’éléphanteaux affamés et perdus après la mort de leurs parents et d’individus blessés qui pourraient succomber dans les prochains jours et alourdir ce bilan – encore provisoire –.
Des braconniers déterminés
Les auteurs de cet abattage sauvage sont des hommes parlant un dialecte arabe qui se déplacent à cheval, parfois accompagnés d’un chameau. Ils opèrent généralement par petits groupes mais une horde de cinquante individus armés a également été aperçue.
Les braconniers sont lourdement équipés: fusil à crosse de métal et même rapportent des témoins, des kalachnikov. Selon ceux qui les ont croisé, il s’agirait de soudanais impliqués dans le trafic d’ivoire.
«L'ivoire est sortie de l'Afrique de l'Ouest et du centre vers les marchés asiatiques et européens. Les bénéfices de ce trafic servent à l'achat d'armes pour des conflits régionaux, particulièrement au Soudan et en République centrafricaine », affirme le Fonds pour le bien-être animal cité par la Presse Canadienne.
Ce phénomène est loin d’être nouveau au Cameroun. Chaque année, à la saison sèche, les cavaliers venus du Tchad ou de Centrafrique organisent des battues à l’éléphant en terres camerounaises. L’espèce étant presque éteinte dans ces deux pays frontaliers, les chasseurs se sont rabattus ces dernières années vers le nord-Cameroun où vivraient entre 1000 et 5000 éléphants (Union internationale pour la conservation de la nature ), 2007).
Les braconniers évoluent librement pendant plusieurs semaines, entretiennent des relations pacifiques avec les autochtones avant de repartir avec leur butin. Cette année, leur chasse prend toutefois des proportions inquiétantes: le tiers des pachydermes du parc où 500 individus ont été recencés par le WWF, ont déjà été décimés.
Indifférence des autorités
Ce regain d’activité s’explique notamment par l’absence de réponse des autorités. Interrogé par le quotidien gouvernemental, le gouverneur de la région du Nord où le braconnage a lieu, avoue son impuissance:
«En l’absence de réaction énergique, les braconniers sont revenus en force cette année».
Et de citer la demi-douzaine d’écogardes et les éléments du BIR – le Bataillon d’Intervention rapide – en nombre insuffisant pour organiser la riposte, avant de conclure:
«Nous avons saisi le gouvernement afin que des mesures plus grandes soient prises pour empêcher ce qui est un véritable désastre».
Le porte-parole du gouvernement assure de son côté que des concertations doivent être organisées avec les pays voisins puisque «le problème est transfrontalier». Autant dire, qu’aucune mesure d’urgence ne semble être envisagée pour l’heure et que les massacres se poursuivent.
Le ministère des forêts et de la faune (MINFOF) n’a pas plus de marge de manœuvre:
«Le parc national de Bouba Njida représente l’essentiel de la réserve faunique du septentrion», explique sa cellule de communication pour justifier son inquiétude.
Au Cameroun, malgré les bonnes résolutions officielles, les militants écologistes déplorent régulièrement les menaces qui pèsent sur de nombreux sites. Quant à l’opinion publique, elle peine à s’émouvoir: les troupeaux d’éléphants font régulièrement des dégâts dans les villages du nord du pays et saccagent les récoltes des paysans qui par conséquent n’ont que peu de compassion pour les pachydermes.
De manière générale, la protection des animaux est souvent citée comme une préoccupation «très occidentale». A Yaoundé, écologistes et diplomates europééns appellent les autorités à prendre des mesures pour mettre fin au braconnage mais à Bouba Njida, on se fait peu d’illusion.
Amer, un européén qui travaille régulièrement dans la zone mise à mal par les cavaliers en est persuadé :
«D’ici quelques jours les cavaliers seront partis et une opération militaire prétendue ou réelle concluera a un ratissage et à la sécurisation du secteur … avant une nouvelle razzia».
A ce rythme, pronostiquent les spécialistes, les éléphants de la savane du Cameroun auront disparu d’ici 2 ou 3 ans.
Slate

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Chers intervenants,
Vous qui réagissez sur ce site , êtes priés de respecter certaines règles ; pas de propos à caractères : racistes, tribaux, antisémites ,xénophobes et homophobes, provocant à l’encontre des autres
Le non-respect de ces règles conduira à des sanctions ; l’effacement des messages sans avertissement et exclusion définitive du site.