C’est peu dire que l’Afrique évolue à deux vitesses. Dans les efforts d’intégration par exemple, c’est le jour et la nuit entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Dans la première, le processus fait son petit bonhomme de chemin. Par contre, dans la seconde, l’esprit communautaire semble bien sommeiller.
L’Afrique de l’Ouest est fortement peuplée et peu riche. Mais,
la libre circulation des personnes et des biens y est une réalité en dépit de
quelques défaillances par-ci et par-là.
Les institutions y fonctionnent tant bien que mal : CEDEAO,
UEMOA, BCEAO, Cour de justice de la CEDEAO, OOAS au plan de la santé, etc.
L’Afrique centrale, avec peu d’habitants, mais plus de ressources, a également
franchi des pas. Des institutions existent, à l’image de la Banque centrale
(BEAC). Mais, contrairement à ce qui se passe en Afrique de l’Ouest, et à
l’heure des grands regroupements régionaux, ici, l’intégration ne paraît point
d’actualité. On semble même tout faire pour stopper le rapprochement des
peuples.
Sinon, comment comprendre le maintien de visas entre pays
africains voisins, à l’heure où il est question de libre circulation des
personnes et des biens ? Le paradoxe, c’est lorsqu’on s’évertue à mettre en
place des institutions - à l’image de ce qui se passe ailleurs en Afrique de
l’Ouest, notamment - sans les faire fonctionner.
Visiblement, le processus d’intégration est en panne en
Afrique centrale. En fait, la solidarité qui devrait servir de moteur à
l’intégration, y est quasi-inexistante.
Au récent sommet de Addis Abeba, l’ex-président de la
Commission de l’Union africine (UA), en a fait les frais jusque dans ses
dernières tentatives de se faire réélire. Sans conteste, Jean Ping aura échoué
du fait du manque de cohésion et de solidarité des pays d’Afrique centrale que
d’autres choses.
Par contre, cela n’a pas été le cas de son adversaire
d’Afrique australe. Les Etats d’Afrique centrale se sont fait ravir le fauteuil
tant convoité, pour avoir choisi d’aller en ordre dispersé au front. Certes, le
colonisateur a laissé, après lui, des pays morcelés, en prenant soin de
cultiver le clivage tribal. Mais, l’histoire coloniale de ces pays, la
diversité des formes de colonisation, la barrière des langues, la densité de la
forêt, les convoitises autour des immenses ressources, ne peuvent pas
continuellement servir de seuls facteurs expliquatifs au retard de l’Afrique
centrale.
Ne revient-il pas aux intéressés eux-mêmes de se remettre en
cause ? La sous-région récèle d’énormes ressources et jouit d’un cadre
géographique fort envié. Un potentiel humain existe. Pourquoi donc cette
inertie en matière de développement intégré ? Et d’ailleurs, pourquoi s’enliser
dans d’interminables conflits qui, à la limite, ne profitent qu’à l’étranger ?
Les difficultés d’intégration en Afrique centrale sont d’abord et avant tout
imputables aux gouvernants de ces pays. La plupart s’aggripent au pouvoir et
feignent d’ignorer les besoins criards de ceux-là mêmes qui sont censés les
avoir élus. Depuis des lustres, impunément, ces dirigeants s’accaparent les
richesses nationales, puis les dilapident, notamment en Occident.
La société civile et la presse qui s’activent pour que les
choses changent, sont le plus souvent prises à partie. Pourtant, il faut bien
que certaines pratiques cessent ! Le développement que l’on voudrait durable
dans les pays africains, passe nécessairement par l’ouverture d’esprit,
l’alternance démocratique, et l’acharnement au travail. Si la démocratie avait
réellement existé dans cette partie du continent, nombreux sont les dinausores
qui auraient été dépossédés de leurs strapontins.
En Afrique de l’Ouest, même si la gouvernance n’est pas
exempte de critiques, force est de reconnaître qu’autant la classe politique
que les membres de la société civile, font montre d’un minimum de leadership.
En Afrique centrale, selon toute vraisemblance, l’héritage de visionnaires
comme Barthélémy Boganda de la Centrafrique ou Lumumba du Congo, semble,
aujourd’hui, avoir été bradé.
Dans la confusion générale qui a suivi la disparition des
héros d’hier, certains ont préféré jeter le bébé avec l’eau du bain ; de sorte
qu’aujourd’hui, on a réellement du mal à percevoir quelle vision du
développement véhiculent ces dirigeants d’Afrique centrale. Que veulent aussi
les cadres de ces pays pour leur peuple ? Et qu’attendent les magistrats pour
rendre, enfin, justice ? Apparemment, les élites semblent s’être entendues pour
dépouiller, à vie, leurs pays et laisser leurs concitoyens au bord de la route
du progrès.
Sinon, comment en arriver à ces détournements scandaleux,
ces crimes de sang crapuleux exercés, parfois, à la veille des nominations ou à
l’occasion des élections ? Des faits que la presse révèle quotidiennement et
que la société civile ne cesse de dénoncer au risque d’y perdre la vie.
Certains dirigeants de l’Afrique centrale se singularisent
par un manque évident de patriotisme et une insouciance déconcertante. Leur
gestion frise l’indécence dans une Afrique qui ne veut plus fermer les yeux sur
l’ignominie, l’indignité, la forfaiture, l’incurie et l’impunité.
Le fait que la justice internationale ou celle de certains
pays occidentaux cherchent aujourd’hui à épingler des dirigeants de la
sous-région, confirme bien que certains n’ont jamais été que des prédateurs
pour leurs concitoyens. Dans ce sens, ils n’ont, à la vérité, aucun mérite.
Les défunts leaders de l’Afrique centrale, rêvaient d’une
Afrique unie, mais aussi d’une Afrique centrale sans frontières.
Malheureusement, leurs bienheureux successeurs ont dilapidé tout l’héritage,
cultivé l’indolence et semé la graine de la cupidité dans leur république à
eux.
Loin d’être considérée comme une insulte, la mentalité de «
grands viveurs » que d’aucuns collent à certains ressortissants de l’Afrique
centrale doit motiver davantage les peuples travailleurs et les patriotes de
ces pays à redoubler d’effort pour sortir des sentiers battus. Car
présentement, autant la libre circulation des personnes et des biens que la
démocratie ne sont qu’illusions en Afrique centrale.
Certes, on ne peut nier les efforts quotidiens pour s’en
sortir. Mais, les peuples de cette sous-région ont vraiment trop attendu.
Faut-il que les peuples d’autres sous-régions se fassent leur porte-parole,
pour que les premiers dirigeants de l’Afrique centrale comprennent qu’il est
temps de cesser de se servir, pour se tourner vers la satisfaction des besoins
essentiels de leurs propres concitoyens ?
Pour l’heure, en tout cas, en matière d’intégration,
l’Afrique centrale donne l’image d’un bourricot surchargé, et qui a du mal à
grimper la montagne. Pourtant, là-haut, le peuple attend désespérément la
pitance qui va mettre fin à sa détresse. Il faut prendre conscience de la
réalité et donc, accélérer la cadence de l’intégration et de la bonne gouvernance,
pour le bonheur des peuples de cette grande communauté.
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