Micro-finance. La police et la gendarmerie sont systématiquement mobilisées pour réprimer les manifestations des clients abusés. L’opération de remboursement piétine un an après.
Moins nombreux que par le passé, les épargnants ont observé un énième sit-in, deux jours durant, devant la direction générale et l’agence de Cofinest. Les manifestants ont sorti des pancartes une fois de plus pour dire leur colère. Morceaux choisis : « Cofinest, un an après. Que deviennent nos épargnes ? », «M. le Président de la République, nous vous avons voté dans l’espoir que vous serez à notre écoute. Que justice soit rendue ».
Le deuxième jour de la manifestation, les épargnants ont dégonflé les roues de la voiture du liquidateur bancaire et judiciaire de la Cofinest, François-Xavier Zinga, en l’absence de celui-ci. Les manifestants ne sont pas allés plus loin. Le déploiement policier était suffisant pour décourager même les plus agressifs. C’est chaque fois pareil. Dès que les épargnants de Cofinest sortent dans la rue, les autorités leur envoient la police et la gendarmerie.
La tension était montée d’un cran dans le pays, au lendemain de la fermeture de toutes les représentations de la Cofinest, le vendredi 18 février 2011. L’affaire venait davantage pourrir le climat social à Douala, la capitale économique, déjà survoltée à cause de la semaine des martyrs, annoncée pour le lundi suivant. Et lorsque les épargnants de Cofinest descendaient dans la rue à Akwa et Deido le lundi 21 février, les autorités de la ville, craignant une récupération politique, déployaient la police et la gendarmerie. Les manifestants ont bloqué la route sur la place des Portiques et sur le boulevard de la République. Ils sont revenus les jours suivants. Et ce n’est que partie remise le 28 février, lorsqu’ils sont dispersés au gaz lacrymogène par des policiers et des gendarmes. Un jeune homme a été violenté. Une dame s’est évanouie.
Remboursez, remboursez…
Depuis le temps, les manifestants exigent le remboursement de leur argent. Leur colère est d’autant plus grande que certains avaient fait des dépôts le jour même de la fermeture de la Cofinest, alors que d’autres effectuaient des retraits. L’information, lâchée par des employés, avait circulé sous cape. En plus, peu de clients étaient au courant de la situation financière de la Cofinest, pourtant placée sous administration provisoire depuis 2007. L’entreprise créée en 1996 allait mal, mais avait gardé une apparente sérénité, attirant toujours un peu plus de clients, estimés à 45.000, à sa fermeture en 2011.
Il y a eu deux administrateurs provisoires nommés par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) : Calvin Bikoko et Guy Bertrand Kamdem ; ce dernier avait l’avantage d’être un des actionnaires. Lorsque François-Xavier Zinga arrive en 2010, c’est pour la liquation. Il n’empêche que personne n’attendait que celui-ci décide de fermer l’entreprise le 18 février 2011.
La réponse du gouvernement était tatillonne. On n’en finissait plus de convoquer les épargnants à des réunions sans issue. Le ministre des Finances de l’époque, Essimi Menye, était monté au créneau pour annoncer la réouverture des guichets de la Cofinest dès le 24 février. Promesse non tenue. Au terme de dix jours de manifestations, le Minfi s’est résolu à venir à Douala. Les remboursements avaient finalement débuté le 1er mars dans les guichets d’Afriland First Bank, pour les quelque 17.000 petits épargnants dont les montants étaient inférieurs 50.000 F.Cfa. Les autres attendraient. Mais beaucoup ne trouvaient pas leur nom sur les listes, tandis que d’autres contestaient les montants. Un an plus tard, l’opération de remboursement piétine. Et les gros épargnants ne savent toujours pas s’ils vont un jour passer à la caisse.
Des observateurs avertis doutent de la capacité de Cofinest à rembourser toutes les épargnes. « Les actifs sont évalués à 3 milliards F.Cfa alors que les montants réclamés atteignent 18 milliards », s’inquiète Pierre Monkam, expert financier. Un avis partagé par l’économiste Christian Essawe Eyobo.
Les actionnaires de la Cofinest sont accusés d’avoir vidé les caisses de l’établissement en contractant des crédits faramineux. Michel Kamdem, ancien directeur général, est souvent cité. Le préfet du Wouri, Bernard Okalia Bilaï, avait fini par mettre à exécution sa menace de faire arrêter les débiteurs de la Cofinest. Michel Kamdem et deux autres avaient été placés en garde à vue puis déférés au parquet de Bonanjo à Douala pour abus de confiance. Mais le procureur de la République avait finalement ordonné leur libération. Le feuilleton judiciaire se poursuit au tribunal de Gande instance du Wouri, saisi par le liquidateur, François-Xavier Zinga.
Assongmo Necdem
La Cofinest en bref
1996 : création de la Compagnie financière de l’estuaire.
20 août 2004 : agrément comme établissement de micro-finance de 2ème catégorie, société anonyme
17 décembre 2007 : décision Cobac portant suspension des organes sociaux (directeur général, président du conseil d’administration, conseil d’administration).
17 décembre 2007 : désignation de Calvin Bikoko comme mandataire de la Cobac à Cofinest.
3 décembre 2009 : décision de la Cobac portant nomination de Guy Bertrand Kamdem comme mandataire de la Cobac à la tête de Cofinest, en remplacement de Calvin Bikoko.
19 juillet 2010 : décision de la Cobac portant nomination de François-Xavier Zinga en qualité d’administrateur provisoire de la Cofinest.
19 juillet 2010 : décision Cobac portant désignation de François-Xavier Zinga comme liquidateur bancaire de la Cofinest et retrait d’agrément à Cofinest.
15 décembre 2010 : requête de François-Xavier Zinga auprès du Tribunal de grande instance du Wouri en qualité d’administrateur provisoire et liquidateur bancaire pour se faire désigner liquidateur judiciaire de Cofinest.
9 et 15 février 2011 : opposition devant le Tgi du Wouri de certains actionnaires au cumul des trois fonctions d’administrateur provisoire, liquidateur bancaire et liquidateur judiciaire de Cofinest par François-Xavier Zinga.
18 février 2011 : François-Xavier Zinga exacerbé, décide de fermer toutes les agences de Cofinest.
Lu sur Camerounlink
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