La Constitution algérienne ne prévoit aucune sanction contre ceux qui refusent d’observer le jeûne du ramadan. Mais les juges savent imposer leurs interprétations de la loi, afin de contenter le conservatisme ambiant. Plusieurs Algériens en ont déjà fait les frais. L’un d’entre eux passe son deuxième ramadan en prison
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Ce jeune Algérois a trouvé la parade pour vivre son ramadan
en toute liberté: il se réfugie à l’hôtel El Djazair (ex-Saint Georges), un
grand hôtel régi par les normes internationales, où Hamid peut boire et manger
à sa faim sans prendre le risque de se faire arrêter.
Il faut en avoir les moyens. Hakim, 29 ans, en est loin. Il
est ouvrier de chantier. Il ne fera pas carême cette année mais résistera à la
chaleur et à la fatigue. Il ne mangera pas une miette et ne boira pas une
goutte en dehors de chez lui.
«Pas question de
se faire remarquer ou de prendre le risque de se faire arrêter par les flics»,
assure-t-il.
On les regarde de travers, on les traite d’impies, on leur
fait la morale, on les admire parfois (mais toujours secrètement) pour le
courage qu’ils ont de s’assumer, mais les non-jeûneurs restent globalement mal
vus en Algérie. Et ça ne s’arrête pas là.
Conservatismes et intolérance
Les non-jeûneurs sont également traqués et arrêtés par la
police pour être, ensuite, sanctionnés par la justice, parfois même
emprisonnés. Farès Bouchouata, 29 ans, s’apprête à passer son deuxième ramadan
en prison pour avoir osé, un certain 7 septembre 2010, manger et fumer dans un
coin ombragé d’Oum El Bouaghi, une ville de l’est du pays.
C’est son deuxième et dernier ramadan derrière les barreaux,
il devrait être libéré bientôt. Son procès avait marqué les esprits en 2010.
Une année particulièrement éprouvante pour les non jeûneurs.
Si en 2011, les autorités algériennes ont été clémentes avec
les non-jeûneurs qui osent s’afficher en public (ils restent rares),
—certainement pour ne pas jeter encore plus d’huile sur le feu des immolations,
émeutes, grèves et autres actions de contestation qui ont marqué cette année de
révolte— en 2010 la justice algérienne avait sévèrement réprimé les
non-jeûneurs.
On s’en souvient, près de quinze personnes avaient été
jugées pour «atteinte à l’Islam», dont Farès Bouchouata le jeune «chaoui» qui a
écopé de deux années de prison ferme. La Constitution algérienne garantit la
liberté de culte et ne prévoit aucune sanction contre ceux qui refusent
d’observer le jeûne, l’un des cinq piliers de l’Islam.
Mais les juges savent jouer avec les articles de loi pour
imposer des interprétations qui contentent le conservatisme ambiant.
Pour faire pressions sur les non-jeûneurs, les juges jouent
avec l’ambiguïté de l’article 144 bis 2:
«Est puni
d’emprisonnement quiconque offense le Prophète et les envoyés de Dieu, ou
dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam.»
L'ambiguïté de la loi
Ne pas jeûner peut-il constituer une atteinte à l’islam?
Quelles sont les limites de l’offense et quelles sont celles de celui qui
décide de ce qui en est une? L’intolérance envers les non-pratiquants au nom de
l’islam ne serait-elle pas la meilleure manière de dénigrer l’islam?
Des questions que la justice algérienne refuse de se poser.
Les policiers, encore moins. Ainsi, en plein mois d’août de ce fameux ramadan
2010, une dizaine de personnes avaient été surprises autour d’un repas copieux
en plein midi dans une gargote à Tizi Ouzou (Kabylie).
Deux ouvriers avaient été également pris en flagrant délit
de «pique-nique» dans un chantier privé, à la même période de cet été 2010,
toujours en Kabylie.
Arrestations, brimades et procès pour tous. Les procureurs
requièrent des peines d’emprisonnement allant de deux à trois ans. Après une
très forte mobilisation de citoyens et de militants de droits de l’homme, ils
seront tous relaxés.
Trois semaines plus tard, Farès Bouchouata, n’aura pas la
même chance. Ce jeune homme de 29 ans avait été arrêté par la police pour avoir
fumé une cigarette et grignoté dans un petit coin ombragé de la ville.
Le jeune homme qui résiste à l’arrestation est quand même
conduit au commissariat où il aurait été battu, selon le témoignage de sa
famille et de son avocat. Il a, à peine, le temps de se remettre de ses
blessures qu’il doit déjà face au procureur de la République.
Il écope de deux ans de prison ferme. La sentence crée la
stupeur mais personne n’ose réellement s’indigner. Farès devient le premier
Algérien à faire de la prison pour n’avoir pas observé le jeûne et ce dans la
plus grande indifférence.
Sera-t-il le dernier? Peut être. Justement parce qu’il aura
servi d’exemple à ne pas suivre. Ou pas. On peut toujours s’attendre à pire
avec la justice algérienne. ramadan 2012, J+3, la chasse aux non jeûneurs
va-t-elle recommencer?
Fella Bouredji (Critique littéraire et
journaliste au quotidien algérien El Wata
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