L'Afrique du Sud était sous le choc vendredi du pire massacre jamais survenu dans une opération policière depuis la chute de l'apartheid en 1994, avec la mort d'au moins 34 mineurs grévistes jeudi à la mine de platine Lonmin de Marikana (nord).
"Le groupe des grévistes a chargé en direction de la police, tirant des
coups de feu et brandissant des armes dangereuses. Les policiers se
sont repliés et ont été forcés d'utiliser la force maximum pour protéger
leur vie", a déclaré la chef de la police nationale vendredi, Riah
Phiyega, annonçant un bilan de 34 morts, 78 blessés et 259 arrestations.
Le principal syndicat des mineurs NUM avait de son côté dénombré 36 morts.
Vendredi, le lieu du drame était bouclé par des véhicules blindés de la
police, survolés par des hélicoptères. La police scientifique ratissait
le terrain à la recherche d'indices.
A quelques centaines de mètres, à côté des misérables baraquements des
mineurs, quelques centaines de femmes chantaient des chants de l'époque
de la lutte contre l'apartheid.
"La police est venue ici, pour tuer nos maris, nos frères. Ici. Nos enfants!", criait l'une d'elles, Nokuselo Mciteni, 42 ans.
Alors qu'aucune liste des victimes n'a encore été publiée, certaines
femmes, en larmes, cherchaient toujours un mari ou un frère disparu
depuis la veille.
Près de 2.000 hommes se sont également rassemblés non loin du
lotissement, affirmant qu'ils continueront la grève tant que leurs
revendications ne seront pas entendues.
Signe de la gravité de la situation, le président Jacob Zuma a quitté
précipitamment vendredi matin un sommet régional au Mozambique pour se
rendre sur les lieux du drame. Il était attendu en début de soirée.
Tous les médias du pays ont consacré leur une ou leur antenne au "massacre de Marikana".
Dans une nation où le souvenir des luttes sanglantes contre le régime
raciste est omniprésent, la vision de policiers tirant sur des
grévistes, eux-mêmes armés, a ravivé des plaies encore vives.
Résumant un sentiment général, le grand quotidien The Times notait
vendredi que les images qui ont fait le tour du monde "semblaient
appartenir à une Afrique du Sud du passé, lorsque les confrontations
entre la police et les civils étaient monnaie courante (...) Mais ces
images n'étaient pas des images de l'apartheid".
"Nous sommes choqués et consternés par cette violence insensée. Nous
croyons qu'il y a assez de place dans notre système démocratique pour
que les différends soient résolus par le dialogue, sans violation de la
loi et sans violence", a réagi le président Zuma.
Les commentateurs, vendredi, recherchaient les causes de ce drame dans plusieurs directions.
Les uns notaient que les responsabilités étaient partagées: entre la
police d'une part, mal formée et mal équipée pour faire face à la
situation, et les grévistes d'autre part, qui ont fait de la violence un
moyen ordinaire d'appuyer leurs revendications.
D'autres pointaient du doigt la condition misérable des mineurs et
l'accumulation de leurs frustrations, exacerbées par la surenchère de
certains syndicats.
Les mineurs de Marikana gagnent environ 4000 rands (400 euros) par
mois, et réclamaient jusqu'à 12.500 rands (1.250 euros). La plupart
d'entre eux vivent dans des baraquements insalubres accolés à la mine,
sans eau courante.
"Il y a eu très peu d'amélioration dans la vie des gens depuis des
décennies, a affirmé à l'AFP Daniel Silke, chercheur en sciences
sociales, et le gouvernement n'a pas été capable de faire face à cette
frustration".
Une aile minoritaire mais parfois bruyante de l'ANC, le parti au
pouvoir, appelle d'ailleurs régulièrement à des mesures radicales pour
réduire les inégalités économiques, toujours gigantesques dix-huit ans
après l'avènement de la démocratie.
Les milieux économiques s'inquiétaient pour leur part de l'impact
négatif de ces incidents, notamment auprès des investisseurs étrangers.
"Ca pose clairement question sur l'environnement économique dans le
pays", notait Iraj Abedian, Pdg du groupe Pan African Investments,
résumant un avis général.
"C'est une chose d'avoir des syndicats puissants", dit-il, "c'est en
une autre totalement différente d'avoir 30 mineurs tués, ce qui veut
dire que ni les dirigeants de l'entreprise, ni les leaders syndicaux, ni
les leaders politiques n'ont été capables d'anticiper et d'éviter ce
type de situation". (afriquinfos)
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