Après les Monologues du vagin, voici venue la grève du vagin. Au Togo comme dans d’autres pays, des femmes conditionnent leurs faveurs à la résolution de problèmes politiques.
Pas facile d’être un musulman togolais. Après un mois d’abstinence diurne pour cause de jeûne, voilà que les époux de femmes du collectif Sauvons le Togo doivent encore «faire ceinture» pendant une semaine. Les circoncis doivent circonscrire leurs pulsions
libidineuses et, cette fois, jour et nuit. Il ne s’agit pas de bouderies
conjugales, mais d’un acte politique, ou plus précisément d’un acte de
communication politique.
Le collectif citoyen togolais, à l’origine de l’abstinence
forcée, affirme désespérer des modes traditionnels d’expression. Les
manifestations et sit-in organisés pour contester la réélection, en 2010, du
président Faure Gnassingbé sont régulièrement réprimées par les forces de
l’ordre.
Or, les membres féminins du mouvement se considèrent comme
les premières victimes de ce qu’elle dénoncent comme la «malgouvernance» du
gouvernement togolais. Ne doivent-elles pas assumer les tâches domestiques,
lorsque les maris chômeurs subissent les affres d’une crise économique mal
gérée?
Alors ces dames ont décidé d’utiliser d’originales méthodes
de désobéissance civile. Au programme: grève du sexe, mais aussi, au cas où les
opposants interpellés lors des manifestations ne seraient pas libérés,
manifestation dans la rue en tenue d’Eve. Double cruauté qui consisterait à
exposer sous la moustache des hommes ce que ceux-ci n’ont plus le droit
d’effleurer. Il faudra inventer le mot contraire de «baby boom» pour le Togo de
mai 2013…
La technique du boycott du sexe n’est en fait pas si
nouvelle. Déjà dans la Grèce antique, le dramaturge Aristophane écrivait
Lysistrata, comédie théâtrale dans laquelle les femmes se refusaient à leur
mari pour mettre fin à la guerre du Péloponnèse.
La belle Athénienne, dont le prénom donne son titre à la
pièce, prenait la tête du mouvement de «castration virtuelle». Elle indiquait
que «le salut de la Grèce entière est entre les mains des femmes».
Jusqu’à aujourd’hui, les militantes qualifient les grèves du
sexe de «Lysistratic nonaction».
Sur le continent africain, en 2003, la militante pacifiste
libérienne Leymah Gbowee, responsable de l'organisation Women of Liberia Mass
Action for Peace, invita ses sœurs à «fermer les jambes», tant que les
combattants ne déposeraient pas les armes et tant que les femmes ne seraient
pas valablement représentées dans les négociations de paix entre Charles Taylor
et les chefs de guerre.
En 2009, c’est au Kenya que dix associations appellent les
femmes à la politique des braguettes fermées et des jupes inexplorées.
En Afrique du Nord, cette manière si particulière de
revendiquer fut abordée récemment dans le film de Radu Mihaileanu, La Source
des femmes, sans qu’un pays particulier soit évoqué.
En 2011, lorsque la Belgique peinait à se trouver un
gouvernement, des mois durant, une sénatrice (et gynécoloque!) flamande,
Marleen Temmerman, pris le parti d’en rire, s’inspirant explicitement de
l’exemple kényan. Sans imaginer qu’elle serait suivie, elle lança un appel à
l'abstinence, sur le ton de la plaisanterie.
Comme quoi la confusion que l’ancienne garde des sceaux
française Rachida Dati faisait entre inflation et fellation n’était pas si
incongrue. Les deux univers auxquels renvoient les mots ne sont pas si
éloignés…
Europe, Amérique, mais aussi Asie: en 2011, c’est aux
Philippines, dans la petite ville rurale de Dado que des couturières coalisées
firent le boycott du câlin, une semaine durant, pour que cessent les violences
qui émaillaient le quotidien de ce village. Le calme est revenu.
Bien sûr, la grève du sexe est rarement efficace, sans
manifestations complémentaires. L’originalité de la démarche permet surtout de
retenir l'attention des médias. En attendant, les Togolais sevrés
retiendront-ils la leçon du «faites l’amour, pas la guerre»?
Damien Glez-slateafrique

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Chers intervenants,
Vous qui réagissez sur ce site , êtes priés de respecter certaines règles ; pas de propos à caractères : racistes, tribaux, antisémites ,xénophobes et homophobes, provocant à l’encontre des autres
Le non-respect de ces règles conduira à des sanctions ; l’effacement des messages sans avertissement et exclusion définitive du site.