Déclaré samedi nouveau président de la Centrafrique, Faustin-Archange Touadéra a assuré dimanche "mesurer le poids de la charge" qui lui incombe pour redresser dans l'urgence un pays en ruine et profondément divisé par trois années de violences intercommunautaires.
Dimanche 21 février, le futur chef de l’État – il n’est pas
encore investi – s’est exprimé sans triomphalisme sur son élection. « De
manière souveraine, en toute liberté et en toute transparence, vous avez décidé
de me confier la charge de la présidence de la République », a-t-il lancé
sobrement à l’adresse des électeurs centrafricains devant la presse : « Je vous
remercie de m’avoir fait ainsi confiance. Croyez bien que je mesure le poids de
la charge que vous venez de me confier ».
« Votre confiance m’encourage à engager urgemment des
actions de relèvement de notre pays, pour qu’il devienne un État prospère,
juste et fraternel », a-t-il ajouté.
Un pays à reconstruire
Faustin-Archange Touadéra mesure sûrement la difficulté de
la tâche qui l’attend. Dernier chef du gouvernement de l’ex-président François
Bozizé, Touadéra hérite à 58 ans d’un très lourd passif, économique,
sécuritaire et social.
Pour le nouveau président, »il reste maintenant le plus dur
à faire, la reconstruction du pays dans l’unité, la paix, pour un développement
durable », reconnaît auprès de l’AFP un de ses soutiens au second tour, Enoch
Dérant Lakoué, lui-aussi ancien Premier ministre.
La Centrafrique, un des pays les plus pauvres de la planète
malgré son potentiel agricole et minier, « est restée coupée un moment de ses
recettes, du fait de sa mise en coupe réglée par les groupes armés qui se sont
érigés en douaniers, cadres des impôts, etc », constate M. Lakoué.
Quelles marges de manœuvres ?
Dans ce contexte, les marges de manœuvre du nouvel élu
apparaissent singulièrement limitées. « Il est dans une position d’équilibriste
au plan sécuritaire et il doit se livrer à un travail titanesque pour une
relance économique », commente Achille Nzotènè, économiste, en rappelant la
listes des dossiers brûlants qui attendent M. Touadéra : rétablissement de la
sécurité, désarmement des combattants des diverses rébellions, refondation de
l’armée, redressement de l’administration.
« S’il n’agit pas en bon joueur de Mikado, en tirant les
baguettes sûres sans faire tomber les autres (…) le retour à la case départ
sera fatal » dans un pays dont l’histoire est jalonnée de coups d’État, de rébellions,
de mutineries depuis son accession à l’indépendance de la France en 1960,
prévient M. Nzoténé.
Et comme ses prédécesseurs, le nouveau président sera
largement dépendant de la communauté internationale pour assurer les fins de
mois de l’État et sa sécurité. Dix mille Casques bleus et environ 900 soldats
français sont actuellement déployés en Centrafrique, sous perfusion financière
des bailleurs.
« Un plan d’urgence est hautement recommandable, sur la base
d’une offensive de charme en direction des bailleurs de fonds. Le pays manque
cruellement d’argent », recommande d’ailleurs M. Lakoué.
Un semblant d’unité nationale ?
Face à cette montagne de défis, le principal atout de
Faustin-Archange Touadéra reste la volonté affichée dans les urnes par les
Centrafricains de voir la paix revenir.
Tout en dénonçant des « fraudes massives » au second tour,
Anicet-Georges Dologuélé a d’ailleurs reconnu sa défaite dès samedi et promis
de ne pas déposer de recours devant la Cour constitutionnelle qui doit valider
les résultats provisoires. M. Touadéra a d’ailleurs souligné dimanche « le
fair-play politique » de son adversaire, en l’assurant de son « amitié »
Et même les électeurs de l’ancien Premier ministre se disent
prêts à soutenir une politique de paix du nouveau chef de l’État.
« Dieu a prévu ce qui est arrivé et on ne peut que se plier
à sa bonne volonté. J’ai choisi Dologuélé, mais il n’est pas élu, ce n’est pas
un motif de mécontentement, ni d’insurrection. Je vais soutenir mon nouveau
président en veillant bien sûr à ce qu’il prenne le bon chemin », témoigne une
commerçante de la capitale, Marthe Yakongolé.
Eric Nguia Tamale, étudiant, abonde dans ce sens : « Nous
devons dès à présent mettre de côté l’esprit partisan et opter tous pour le
vivre ensemble et le développement. Le pays est par terre et personne d’autre
ne viendra le relever si ce ne n’est les Centrafricains ».(@jeuneafrique)

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