Rose a quatre enfants et attend un cinquième enfant. Alors qu’elle devrait être heureuse d’attendre la venue de son bébé, elle s’inquiète au contraire et se demande déjà comment empêcher sa prochaine grossesse. Elle aimerait attendre au moins deux ans, mais rien n’est moins sûr car elle n’a pas accès au planning familial.

L’histoire de Rose n’est pas unique, elle est semblable à
celle de 215 millions de femmes à travers le monde qui savent qu’elles ont
besoin d’une méthode contraceptive moderne mais qui n’y ont pas accès. Et
celles qui ne le savent pas sont encore plus nombreuses. En Afrique, 25 pour
cent seulement des femmes mariées ont régulièrement recours à la contraception.
Chacune aura, en moyenne, près de cinq enfants au cours de sa vie et court une
chance sur 36 de succomber pendant la grossesse ou l’accouchement.
C’est un droit humain fondamental pour tout couple ou tout
individu de contrôler sa propre fécondité et de décider du nombre d’enfants
qu’il souhaite et de leur espacement. Bien qu’elles soient les premières
concernées, les femmes se voient souvent refuser ce droit, pour diverses
raisons culturelles, légales ou religieuses. Un tel déni, qu’il soit officiel
ou officieux, constitue une injustice à leur égard et est la cause de
souffrances et de décès inutiles. Elles espèrent en silence pouvoir bénéficier
du planning familial, dont l’accès leur est fermé dans de nombreuses régions
d’Afrique. Globalement, 30 à 36 % de femmes en union auraient voulu utiliser
une méthode contraceptive, sans pouvoir satisfaire ce besoin.
Lorsque les services et établissements de santé sont rares,
voire de mauvaise qualité, ces grossesses non maîtrisées ont trop souvent pour
conséquences des blessures, voire des décès maternels, et des bébés ou des
enfants en mauvaise santé. En Afrique, le recours au planning familial
constitue donc l’une des principales stratégies pour réduire la mortalité
maternelle, ainsi que celle des bébés et des enfants, qui restent toutes
scandaleusement élevées.
Le planning familial n’est pas que pour les femmes,
cependant. Les droits, la santé et le développement socio-économique des hommes
et des adolescents étant aussi en jeu, il concerne des communautés et des
nations entières. Il n’est pas non plus sans lien avec la consommation et le
développement durables des ressources de notre planète pour l’humanité dans son
ensemble.
Aider des individus à planifier leur famille est une façon de
réduire la pauvreté, car cela permet d’augmenter la productivité et plus largement,
le développement économique. Au plan mondial, les décès et blessures
maternelles se soldent par une perte de productivité de 15 milliards de dollars
par an, chiffre qui pourrait changer de façon spectaculaire rien qu’en
empêchant les grossesses non voulues. Par contraste, des études récentes ont
montré que la rentabilité des investissements consacrés aux services de
contraception peut être jusqu’à quatre fois supérieure, suite à la réduction
des coûts médicaux, ce qui en fait l’une des approches ayant le meilleur
rapport qualité-prix dans le domaine du développement.
Que nous en soyons conscients ou non, nous avons tous un rôle
à jouer. Le mois dernier, la population mondiale a dépassé les sept milliards
d’habitants – un chiffre historique, qui traduit de grandes victoires mais
donne aussi de graves responsabilités. Nous devons nous efforcer de protéger la
santé, le bien-être et les droits des habitants de notre planète, tout en
veillant à ce que chaque individupuisse planifier sa famille et maintenir
l’équilibre entre la taille de la population et les ressources dont elle
dispose.
Les dirigeants et activistes africains le savent. Du 29
novembre au 2 décembre, c’est-à-dire dans quelques jours à peine, des
dignitaires de tout le continent, dont les premières Dames du Sénégal, du
Burkina Faso, de Côte d’Ivoire et du Mozambique participeront, avec près de
2000 décideurs, chercheurs et donateurs du monde entier, à la Conférence
internationale sur le planning familial qui se tiendra à Dakar, au Sénégal.
Ce sera la plus grande conférence en son genre et son
objectif est de marquer une réelle renaissance tant au niveau du financement
que de la volonté politique dans ce domaine. Ce n’est pas un hasard si cette
manifestation se déroule en Afrique de l’Ouest, où les femmes ont la fécondité
la plus élevée, les taux de contraception les plus bas et le taux de besoin non
satisfait le plus élevé au monde.
Aujourd’hui plus que jamais, les dirigeants africains doivent
saisir cette occasion historique de prouver leur leadership en la matière et
mettre la barre très haute pour les donateurs, les décideurs et les activistes
du monde entier. Face à une telle situation en matière de planning familial, en
Afrique, les dirigeants politiques, religieux et traditionnels, à tous les
niveaux, ne peuvent et ne doivent rester les bras croisés.
Nous qui défendons cette cause, nous devons profiter de
l’occasion et appeler nos dirigeants à se faire les champions du planning
familial volontaire. Nous devons exiger des pays donateurs qu’ils honorent
leurs engagements. Les solutions existent et nous pouvons faire davantage pour
qu’elles soient appliquées. Nous devons aussi faire preuve d’innovation et
élaborer de nouvelles approches pour répondre aux besoins contraceptifs. Il
faut intégrer le planning familial dans le réseau plus large des systèmes de
santé, notamment maternelle et infantile, et de traitement du VIH/sida, afin de
renforcer les systèmes sanitaires, améliorer leur efficacité et leur accès et
réduire les coûts.
Non seulement les bénéfices seront immédiats si l’on investit
dans le planning familial, mais on aidera la nouvelle génération, la plus
nombreuse de l’histoire, à se forger un avenir meilleur. Que les choses soient
claires : ce n’est pas une question qui concerne les femmes mais l’humanité
tout entière. L’accès à la planification familiale volontaire demeure un droit
humain fondamental et un problème de santé publique et de développement. Il est
temps d’agir.
(@jeuneafrique)
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