Des élections qui viennent trop tôt, et c’est le risque du chaos, notamment du fait de la présence de formations islamistes, pour ne pas dire salafistes, bien décidées à tordre le cou à la démocratie.
On pourrait le croire avec l’annonce de la tenue, le 7 juillet 2012 (et si tout va bien) du premier scrutin pluraliste qu’ait jamais connu ce pays depuis son indépendance. Près de 2,5 millions d’électeurs vont pouvoir désigner 200 députés qui siégeront à l’Assemblée constituante.
A ce jour, près de 4.000 candidats sont en lice, la grande majorité d’entre eux se présentant sous l’étiquette d’indépendants. Pour mémoire, ce scrutin était prévu pour le 19 juin mais les autorités libyennes ont préféré le reporter.
Selon Nouri al-Abbar, président de la Commission électorale (il a pris ses fonctions le 12 février), des problèmes «techniques et logistiques» justifieraient ce report.
Enregistrement tardif d’électeurs, examen des recours des candidatures rejetées (souvent pour appartenance à l’ancien régime), sécurisation des bureaux de vote: Nouri al-Abbar a lui-même concédé qu’organiser des élections à peine huit mois après la chute de Kadhafi relève de l’exploit.
Présents pour soutenir le processus électoral, des experts de l’Organisation des Nations unies (ONU) ont approuvé ce report.
Décaler le vote de trois semaines
Il reste à savoir si le fait de décaler le vote de trois semaines suffira. Malgré les déclarations optimistes des membres du Conseil national de transition (CNT), le pays est loin d’être stabilisé.
La semaine dernière, des affrontements tribaux dans le sud-est libyen —sur fond de guerre entre gangs de contrebandiers— a fait au moins une vingtaine de morts et plusieurs dizaines de blessés.
Dans le Nord, les milices continuent de faire la loi dans les grandes villes et aucune, jusqu’à présent, n’a accepté de rendre ses armes. Le CNT lui-même a du mal à se faire entendre et respecter. Ainsi, le Conseil a-t-il préféré se laver les mains de l’arrestation de quatre membres de la Cour pénale internationale parmi lesquels l’avocate australienne Melinda Taylor.
Venue rencontrer Saïf al-Islam, le fils Kadhafi détenu par une faction libyenne qui refuse de le livrer au CNT et encore moins à la CPI. Selon les médias australiens, les Libyens exigeraient que les membres de la CPI livrent des informations à propos de Mohammed Ismail, ex-bras droit de Saïf al-Islam, pour être libérés. Du jamais vu du côté de la Cour pénale où l’on insiste sur le caractère neutre de cette organisation.
Fragilité du nouveau pouvoir central libyen
Cette fragilité du nouveau pouvoir central libyen et la persistance de la violence aux quatre coins du pays, obligent à s’interroger sur l’opportunité réelle d’organiser des élections.
Certes, l’exigence démocratique veut que le peuple libyen puisse faire son choix après plusieurs décennies de dictature (laquelle considérait le fait de voter comme une hérésie occidentale à bannir). Mais, dans le même temps, quelle valeur peut avoir un scrutin dans de telles conditions?
Les exemples de la Tunisie et de l’Egypte, mais aussi de l’Algérie dans les années 1990, démontre que se dépêcher d’organiser des législatives, avant même que la pratique politique n’ait été maîtrisée par les uns et les autres, est porteuse de risques.
Bien sûr, le fait que les Libyens désignent eux-mêmes leurs représentants est une belle victoire dans un monde arabe dont on connaît les tares dictatoriales. Mais, dans le même temps, une vie politique avec ses règles, ses pouvoirs et ses contre-pouvoirs, ses consensus et ses acquis démocratiques, ne s’invente pas en quelques mois.
Là réside le problème du printemps arabe. Des élections qui viennent trop tôt, et c’est le risque du chaos notamment du fait de la présence de formations islamistes, pour ne pas dire salafistes, bien décidées à tordre le cou à la démocratie.
Des élections qui viennent trop tard et c’est l’impatience populaire qui peut conduire à la remise en cause du processus de transition démocratique.
En fait, des pays comme la Libye, mais aussi la Tunisie et l’Egypte nous démontrent jour après jour la pauvreté de la réflexion en matière de transition démocratique dans le contexte arabe. Durant des décennies, alors que les dictateurs étaient persuadés de toujours durer, chercheurs et politologues ont plus réfléchi à la nature de leurs régimes qu’à la manière dont il faudrait gérer la chute – alors improbable - de ces derniers. C’est cette impréparation qui se paye aujourd’hui au prix fort.
Source:Slateafrique

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