Le virus de la fièvre hémorragique Ebola a fait son entrée à Kampala, la capitale ougandaise. Depuis, le président Yoweri Museveni multiplie les conseils et les mises en garde, afin de repousser le danger qui menace les populations.
La fièvre hémorragique due au virus Ebola est de retour et
elle a atteint Kampala, la capitale ougandaise, où vivent environ 1,5 million
d’habitants.
Jamais une capitale (ni même une ville de moyenne
importance) n’avait été touchée par ce redoutable agent pathogène.
Lundi 30 juillet, prenant très vite la mesure de la menace
le président ougandais Yoweri Museveni a conseillé à ses compatriotes de
s'abstenir de se serrer la main pour éviter d'être contaminé et de devenir
contaminant.
Le chef de l'Etat a également exhorté les Ougandais à éviter
les rapports sexuels non-protégés et à s'abstenir d'organiser des inhumations à
la sauvette.
Autant de mesures visant à circonscrire la diffusion de ce
virus extrêmement contagieux transmissible via des contacts rapprochés.
Ce virus provoque une infection aux conséquences
hémorragiques fréquemment mortelles (entre 25 et 90% des cas) et vis-à-vis de
laquelle on ne dispose ni de traitement curatif ni de vaccin préventif.
Le virus Ebola a pour nom celui d'une rivière située entre
le Soudan et ce qui était le Zaïre, quand il a été pour la première fois
repéré, puis isolé. C’était en 1976.
Depuis une quinzaine d'épidémies ont été recensées en
Afrique —en RDC, Ouganda, dans le Soudan du Sud, au Gabon et Congo.
Officiellement le virus a infecté plus de 1.800 personnes et
faisant plus de 1.300 morts. Un premier médicament «prometteur» serait, selon
l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en cours d'évaluation en laboratoire.
Des recherches sont en cours concernant un vaccin, l’usage
criminel de ce virus étant redouté par les experts du bioterrorisme.
Apparue début juillet l’épidémie aurait déjà fait 14 morts
en Ouganda. Elle a d’abord été signalée dans la région de Kibaale, à environ
200 kilomètres, à l'ouest de Kampala.
Elle vient de faire son apparition dans la capitale, où un
malade au moins en est mort. L’information a été annoncée personnellement par le président ougandais.
Elle a été confirmée par les services de l'OMS qui ont
aussitôt précisé que personne n'avait contracté la maladie à Kampala, la
victime s’étant rendue dans la capitale pour se faire soigner.
Museveni à la rescousse
D’autres malades auraient, selon le président Museveni,
également été pris en charge à l'hôpital
de Mulago, à Kampala.
«Le ministère de
la Santé cherche à localiser tous ceux ayant été en contact avec les victimes.
Les sept médecins et les 13 membres du personnel de santé qui se sont occupés
de l'un de ceux qui sont arrivés à Mulago et qui est mort sur place ont par exemple
été placés en quarantaine», a expliqué le président.
Pour sa part, Christine Ondoa, ministre ougandaise de la
Santé, a précisé que la victime décédée
le 27 juillet à l'hôpital de Mulago était une aide-soignante qui s'était
occupée de victimes à l'hôpital de Kagadi (district de Kibaale).
«Sa fille de trois
mois est également décédée après avoir été admise à l'hôpital de Kagadi le 28
juillet», a-t-elle annoncé.
Dennis Lwamafa,
commissaire ougandais chargé du contrôle des maladies a, pour sa part,
précisé que l'aide-soignante était, pour l'heure, seulement «présumée morte»
d’une infection par le virus Ebola.
Il a ajouté qu'elle s'était rendue à Kampala par ses propres
moyens, vraisemblablement en transports en commun, et que des mesures avaient été
prises pour retracer son parcours.
Un certain nombre de membres du personnel médical à Mulago
ayant été en contact avec cette patiente ont été placé sous surveillance (mais
pas en quarantaine).
Il en est de même pour trente-quatre 34 employés de Kagadi.
«L'hôpital de
Mulago est en train de réactiver une unité d'isolement pour accueillir tout cas
enregistré à Kampala et dans les districts voisins», a assuré la ministre de la Santé.
Ce n’est pas la première fois que l’Ouganda est confronté à
cette menace infectieuse virale.
Une épidémie avait notamment sévi en 2007-2008, faisant
officiellement trente-sept victimes. Une autre, en 2000, avait causé au moins
cent trente-sept morts.
Le président Museveni a encore appelé la population «à
rapporter en priorité tous les cas ressemblant à Ebola, c'est-à-dire fièvres
importantes, vomissements, parfois diarrhées accompagnées de saignements».
«Je vous appelle à
être vigilants, évitez de serrer des mains, ne vous chargez pas d'enterrer
quelqu'un décédé de symptômes ressemblant à Ebola mais appelez les travailleurs
de santé, car, ils savent comment faire, a-t-il expliqué. Evitez la promiscuité
parce que la maladie peut aussi se transmettre sexuellement.»
«Que Dieu fasse que les âmes de ceux qui sont morts reposent
dans la paix éternelle», a-t-il conclu son intervention, tout en souhaitant
«bonne chance» à ses concitoyens.
Vigilance et réactivité
La réactivité du président ougandais et sa volonté de
transparence sont à souligner. Elles ne sont pas nouvelles, Yoweri Museveni
ayant déjà fait la preuve de l’importance qu’il accorde à la lutte éclairée
contre les maladies infectieuses virales.
Grâce à lui l'Ouganda avait été l'un des pays en voie de développement où la
phase de déni de la réalité infectieuse du sida avait été la plus courte et
l'un des plus actifs dans la prévention.
Dans les années 1980, alors les pays d'Afrique refusaient de
reconnaître l'existence du mal ou accusaient leurs voisins et l'Occident d'en
être la cause l'Ouganda fut le premier à admettre les faits et à tenter de
ralentir la progression épidémique.
Et pour rendre hommage à l'action collective menée dans ce
pays les responsables des organisations
internationales impliquées dans la lutte contre le sida en Afrique avaient, en
décembre 1995, choisi de tenir à Kampala leur neuvième conférence.
Rompant avec le rituel des allocutions solennelles, M.
Museveni a alors parlé de son expérience.
«J'ai entendu
parler du sida pour la première fois à la radio. J'étais dans la brousse et je
combattais le pouvoir en place, avait déclaré M. Museveni. On ne parlait alors
que d'une maladie d'homosexuels. En 1984, j'ai entendu une spécialiste
italienne expliquer que ce n'était pas seulement une maladie d'homosexuels.
J'ai réuni mes hommes et je leur ai dit qu'il y avait là un danger.»
M. Museveni arriva au pouvoir en janvier 1986.
«Cette année-là,
j'ai envoyé soixante de mes militaires à Cuba pour se faire tester, avait-il poursuivi.
Dix-huit étaient séropositifs. Lors de la Conférence des pays non-alignés, en
septembre 1986 à Hararé (au Zimbabwe), Fidel Castro m'a confié qu'il devait y
avoir un gros problème dans mon pays. J'en ai alors parlé avec nos médecins.»
Le président ougandais a, pour le sida, souvent usé de la
métaphore du «feu de brousse».
«Si l'étincelle
tombe sur l'herbe mouillée, elle s'éteint. Si l'herbe est sèche, le feu prend
et gagne. Chez nous, l'herbe est sèche à cause de la pauvreté, de l'ignorance,
de l'analphabétisme, de nos problèmes de communication», avait-il, alors, eu le
courage de déclarer.
Et si l'herbe africaine est sèche, c'est aussi parce que la
femme n'est pas l'égale de l'homme, avait résumé le président, soulignant
l'urgence de fournir aux «orphelins du sida» un accès à la scolarité, de
manière à briser le cercle qui voit des hommes riches continuer à exploiter de
très jeunes filles, accélérant la dissémination du virus.
La fièvre hémorragique Ebola est une autre forme de «feu de
brousse». Tout comme le sida ses origines animales précises sont encore
âprement discutées dans les cénacles scientifiques spécialisés.
Tout comme le sida elle réclame une réponse collective pour
laquelle la participation politique est de toute première importance. Mais
cette réponse doit, en outre, s’inscrire dans la plus extrême urgence.
Jean-Yves Nau -slateafrique.com

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