L'ancien ambassadeur Bandar Ibn Sultan, réputé proche des Américains, prend la tête des services de renseignements saoudiens. Un poste stratégique.C'est peu dire que la nomination du prince Bandar Ibn Sultan comme nouveau patron des services de renseignements saoudiens a pris tout le monde de court.
Enfin presque. Fils du prince héritier Sultan Ibn Abdelaziz
- ancien ministre de la Défense décédé en 2011 -, Bandar est l'un des
petits-fils du roi Abdelaziz, fondateur de la dynastie. Alors que les provinces
de l'est du royaume sont agitées par une contestation chiite, que la région est
tétanisée par la nucléarisation de l'Iran et que la situation ne cesse de se
dégrader en Syrie, sa nomination rassure les États-Unis, qui se débattent dans
la gestion des derniers spasmes du Printemps arabe.
Le nouveau chef des espions saoudiens est une figure connue
à Washington, où il a été ambassadeur durant vingt-trois ans, jusqu'à ce qu'il
prenne en 2005 la tête du Conseil de sécurité nationale saoudien. On le dit
proche de la famille Bush : du père, George H. W., qu'il a connu au début des
années 1980, quand ce dernier n'était que le vice-président de Ronald Reagan.
Et surtout du fils, George W., un ami. Au final, Bandar aura connu quatre
locataires de la Maison Blanche : Reagan, Bush père, Clinton, puis Bush fils.
Liens avec les républicains comme avec les démocrates
Sous la présidence de ce dernier, les visites du Saoudien
au ranch familial de Crawford étaient courantes, et Bandar jouissait d'un accès
direct aux plus hauts responsables : Dick Cheney, Colin Powell, Condoleezza
Rice, George Tenet. Son séjour à Washington lui a permis de forger des liens
avec les républicains comme avec les démocrates. Seul accroc au parcours
américain de Bandar, l'accusation portée contre son épouse Haïfa de participation
au financement des attentats du 11 Septembre par des dons versés à une
pseudo-organisation caritative. Un faux pas rapidement oublié : en contact
quasi quotidien avec le président Bush après l'attentat, il a su désamorcer une
brouille sérieuse entre les deux États (quinze des dix-neuf terroristes étaient
saoudiens). Bref, Bandar est réputé proche des Américains et sa nomination ne
fait que confirmer le partenariat stratégique entre Washington et Riyad.
Bandar aurait appuyé l'envoi de troupes pour « pacifier »
le Bahreïn, mais milite pour soutenir matériellement les rebelles syriens - une
approche qui reflète l'ambiguïté de l'Arabie saoudite face au Printemps arabe.
Sur le dossier iranien, il a la position du faucon : comme le roi Abdallah, il
veut accentuer la pression militaire sur Téhéran, quand les États-Unis, eux,
cherchent à soumettre la République chiite par des sanctions économiques.
Exclu de la succession
Paradoxalement, les relations entre Bandar et Abdallah sont
notoirement difficiles, alors que le prince Muqrin, qu'il remplace à la tête
des services de renseignements, était très proche du souverain. Sa nomination
peut s'interpréter de deux manières. Abdallah, de santé déclinante et fragilisé
par les difficultés de la succession, est inquiet et rappelle un diplomate
chevronné, qui saura parler à la Maison Blanche. Mais il se peut aussi que le
puissant clan rival des Soudayri - lignée issue de l'épouse favorite d'Ibn
Saoud, le fondateur du royaume - soit à la manoeuvre.
En dépit de son parcours et de sa puissance, Bandar est
exclu de la succession : Khizaran, sa mère, était une concubine « à la peau
noire », de celles qui étaient esclaves il y a quelques décennies. Un métissage
qui a donné à l'Arabie saoudite l'un des plus brillants politiques de sa
génération. Jeune premier de 63 ans dans la gérontocratie saoudienne, il
souffre d'une mauvaise santé et de problèmes de dos, séquelles d'un accident
d'avion. Dépressif selon son biographe, amateur de cigares et de boissons
fortes, il serait passé par un centre de désintoxication après 2005.
Immensément riche, il possédait pendant sa période américaine un Airbus A340,
une luxueuse résidence sur le Potomac et un manoir à Aspen. Bref, un prince
saoudien, ami de Washington, devenu responsable de l'un des postes sécuritaires
les plus stratégiques du royaume wahhabite.
Source : Jeuneafrique

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