La prochaine refonte des institutions sera l'occasion de donner un rôle officiel au chef des ex-putschistes.Au Mali, le gouvernement d’union nationale annoncé en fin juillet dernier par le président intérimaire, Dioncounda Traoré, se fait toujours attendre.En tout cas, au moment où ces lignes étaient tracées dans l’après-midi du 16 août, c’étaient toujours les tractations, les examens des CV (curriculum vitae) des prétendants, les enquêtes de moralité au pas de course. Sur ce plan, c’était toujours l’expectative.
Aucun
nom n’a fuité comme c’est souvent le cas en pareille circonstance dans bon
nombre de pays. Par contre, concernant le Haut conseil d’Etat (HCE) proposé
par le président intérimaire, il est quasi certain que l’un des deux postes
de vice-président va échoir au capitaine Amadou
Haya Sanogo.
Le putschiste va sortir de l’ombre
Au
regard de son profil, on n’a pas besoin d’être devin pour savoir qu’il aura en
charge «toutes les questions militaires
concernant le Nord du Mali», comme le définissait Dioncounda Traoré dans
son discours à la Nation de fin juillet dernier.
L’auteur
du coup d’Etat de la nuit du 21 au 22 mars devra, à ce titre, présider le
Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité.
Dans
un futur proche, le capitaine Sanogo jouera donc un rôle de premier plan dans
la sortie de crise de son pays pour laquelle il est accusé par certains de l’avoir
aggravée en faisant un coup d’Etat contre la démocratie.
Il
fera lui-même partie de l’appareil d’Etat ainsi que cinq de ses partisans à qui
des postes ont été proposés dans le gouvernement d’union nationale tant
attendu. Pour ce faire, il devra sortir de son camp de Kati pour prendre une
part active à la transition. Il sera amené à agir au grand jour au lieu de le
faire à l’ombre comme on le lui prête.
En
effet, ils sont nombreux à voir sa main ou sa silhouette, c’est selon, derrière
le maintien du Premier ministre, Cheick
Modibo Diarra, le refus de confier la sécurisation des institutions et des
personnalités à des forces étrangères ou encore le rôle exclusif que tient à
jouer l’armée nationale dans la libération du septentrion occupé.
Comme
un loup tenaillé par la faim, Sanogo va sortir maintenant du bois au grand dam
de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui a exigé sa mise à l’écart
de la transition.
La Cédéao mange son chapeau
Ironie
du sort, c’est l’organisation sous-régionale qui est mise de côté dans ce qui
se passe actuellement à Bamako.
Certes, il y a le
médiateur qu’elle a mandaté, mais elle n’est pas associée aux consultations
qui se mènent pour la formation du gouvernement.(..)En
plus, ses
troupes sont aussi indésirables tant à Bamako que dans le Nord. On veut
tout juste la confiner au rôle de formateur de troupes et de fournisseur de
logistique dans la reconquête du Nord en préparation. S’en contentera-t-elle ou
fera-t-elle un passage en force?
En
attendant, c’est la Cédéao qui va avaler des couleuvres avec cette remise en
selle annoncée du capitaine Sanogo. A l’évidence, elle n’a pas la même lecture
de la situation que le président intérimaire. Leurs points de vue sur le
capitaine et son rôle sont opposés.
Sanogo est incontournable
Alors
que l’organisation sous-régionale voit en Sanogo un élément dangereux à mettre
de côté, Dioncounda pense autrement de l’intéressé. Pour lui, Amadou Sanogo est
incontournable pour une sortie de crise durable.
A
ce titre, il faut l’associer plutôt que de l’écarter, d’où son retour annoncé
par la grande porte avec le titre de vice-président de la république.
Et
il n’est pas exclu qu’à la fin de la transition, il retrouve le statut d’ancien
chef d’Etat et les avantages liés que
la Cédéao lui avait retirés, pour mieux l’isoler.
Si
le capitaine a renversé Amadou Toumani
Touré avec comme motif, donner les moyens à l’armée pour combattre, à
l’époque, la rébellion touarègue du Mouvement national de libération de
l’Azawad (MNLA), il faudra lui
permettre de se faire valoir.
C’est
tout le sens qu’il faut donner à cette réhabilitation annoncée même si elle
peut être perçue comme une prime aux coups d’Etat en Afrique.
En
effet, le risque est grand que de potentiels putschistes se laissent convaincre
que porter atteinte aux institutions, sous prétexte de sauver le pays ou la
démocratie qui serait en danger, peut rapporter gros en termes d’impunité et de
privilèges.
Slateafrique.com

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