Alors que l’exploitant de la mine de Marikana, Lonmin, a maintenu son ultimatum à lundi, menaçant de licencier les mineurs grévistes, ces derniers ont choisi de poursuivre leur mouvement. Le bras de fer continue, malgré le massacre du 16 août et la semaine de deuil national décrétée par le président sud-africain Jacob Zuma.
La semaine s’annonce encore brûlante sur le front social en
Afrique du Sud. Trois jours à peine après le massacre de 34 grévistes de la
mine de Marikana – un drame portant à 44 (dont deux policiers) le nombre des
victimes du conflit syndical -, l’exploitant Lonmin a réitéré son ultimatum.
Alors que le président Jacob Zuma a de son côté annoncé une semaine de deuil
national, cette décision de fermeté, voir d’intransigeance, ne va pas
certainement dans le sens d’un possible apaisement.
« L'ultimatum final a été repoussé au lundi 20 à la suite
des événements de jeudi », a indiqué la société britannique dans un communiqué,
publié dans la nuit de dimanche à lundi. « Lonmin a confirmé avoir demandé à
ses 3 000 employés en grève illégale de reprendre le travail lundi 20 août,
faute de quoi ils s'exposent à un possible licenciement », explique Simon
Scott, un haut responsable de Lonmin cité dans le communiqué.
« L'ultimatum ne s'applique qu'aux foreurs et assistants
foreurs qui ont lancé une action illégale le 10 août », précise Lonmin. Les 25
000 employés et les 10 000 temporaires « qui ne sont pas en grève mais qui
n'ont pas pu travailler à cause de la violence » pourront reprendre le travail
sous protection de la police. Cette stratégie sera-t-elle payante ? Les mineurs
grévistes n’ont semble-t-il pas l’intention de céder.
"Comme s'ils étaient morts pour rien"
« Je ne retourne pas au boulot. Où est l'argent ? », demande
David Sikonyela, 52 ans, mineur du Lesotho. « Est-ce qu'ils vont virer aussi
ceux qui sont à l'hôpital et à la morgue ? », s'exaspère son collègue Thapelo
Modima, 46 ans. « De toute façon, c'est mieux d'être mis à la porte parce
qu'ici, on souffre. Nos vies ne vont pas changer. Lonmin se fiche de notre
bien-être, jusqu'à maintenant ils ont refusé de nous parler, ils ont envoyé la
police pour nous tuer ».
« Des gens sont morts. On est en colère. Si on reprenait le
travail, ce serait comme s'ils étaient morts pour rien », ajoute Fezile
Magxaba, un contremaître de Marikana. Mais les revendications irréalistes des
mineurs ne favorisent pas les négociations. Ils réclament plus qu'un triplement
de leur salaire à 12 500 rands par mois (1 250 euros) au lieu de leur 4 000
rands (400 euros) en moyenne. Selon la direction de Lonmin, un peu plus d'un mineur
sur quatre était présent à son poste lundi matin, alors qu'un millier de
grévistes étaient toujours rassemblés à l'extérieur du
De son côté, le président Zuma traverse la pire crise depuis
son arrivée au pouvoir en 2009. « La nation est sous le choc et dans la peine
», a-t-il déclaré dans un communiqué annonçant le deuil national. Mais il ne
s’est pas exprimé sur les racines de la crise – les inégalités criantes de
salaires entre cadres blancs et ouvriers noirs qui s'aggravent, 18 ans après la
chute de l'apartheid.
Zuma critiqué
« Cette semaine (...) nous devons nous unir contre la
violence, quelle qu'elle soit. Nous devons réaffirmer notre foi en la paix, la
stabilité et l'ordre, et dans la construction d'une société solidaire
débarrassée du crime et de la violence ». Dans le même communiqué, Zuma a
également annoncé la composition de la commission inter-ministérielle chargée
d'enquêter sur la tragédie du jeudi 23 août.
Les critiques fusent contre le président, nombreuses étant
les personnalités – comme le prix Nobel de Littérature Nadine Gordimer – à
demander sa démission, l’accusant d'avoir été passif tout au long de la crise.
Du coup, c’est le très populiste Julius Malema qui a paru tirer son épingle du
jeu en surfant sur la crise.
Après avoir été exclu en avril de l'ANC, l'ancien leader de
la ligue de jeunesse de l'ANC a fait son retour sur la scène médiatique. Il
s’est rendu auprès des mineurs et s'est adressé à eux, refusant toute forme de
protection policière, accusant le président Zuma d'être responsable du massacre
et l'appelant à démissionner. « Zuma ne s'intéresse pas aux mineurs. Il est
venu ici hier soir (vendredi) et il a rencontré des blancs. Il ne sait même pas
si les mineurs sont sains et saufs ou pas », a-t-il lancé.
Lu sur Jeuneafrique

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