Les nouveaux députés somaliens, tout juste désignés par une assemblée de chefs coutumiers, doivent élire lundi à Mogadiscio le nouveau président du pays, une nouvelle tentative pour rétablir un gouvernement central dont la Somalie est privée depuis plus de 20 ans. L'élection du nouveau président doit parachever un processus complexe, parrainé par l'ONU et la communauté internationale, et destiné à remplacer les fragiles Institutions fédérales de Transition, mises en place en 2004, par des institutions pérennes.
Après l'adoption le 1er août d'une nouvelle Constitution,
une liste de 202 députés, sur les 275 que doit compter à terme la chambre, a
été publiée vendredi par un Comité technique de sélection, chargé de valider
les noms des parlementaires désignés par les chefs traditionnels, selon un
système compliqué de répartition clanique.
Environ 70 noms ont été écartés par le comité, car ne
remplissant pas les critères requis (citoyenneté, âge, niveau d'études, passé
politique et en matière de droits de l'Homme. . . ), mais les 202 déjà validés
suffisent à atteindre le quorum nécessaire à l'élection présidentielle (2/3 des
députés).
Le mandat de l'actuel Gouvernement fédéral de Transition
(TFG) expire le 20 août et la communauté internationale, qui l'a soutenu à bout
de bras et avait exclu toute nouvelle prolongation, a tout fait pour que
l'élection du nouveau chef de l'Etat se déroule d'ici cette date.
Le mandat des Institutions fédérales de Transition avaient
déjà été prolongé de deux ans en 2009, sur fond de chaos sécuritaire dans le
pays, puis d'un an en 2011, face à l'impasse politique pour les remplaçer.
La communauté internationale semble, contre toute attente,
être en passe de tenir son pari, se félicitant d'une chance historique pour
sortir la Somalie du chaos, mais nombre d'observateurs estiment que le
calendrier a été privilégié au détriment du fond et regrettent une opportunité
ratée.
"On se dirige vers un processus qui va être
bâclé", estime un diplomate occidental qui aurait souhaité une extension
du délai "d'un mois maximum", craignant que le Parlement ne manque de
légitimité.
Pour ces observateurs, la priorité donnée au calendrier va
valider un "processus pipé" qui semble devoir déboucher lundi sur le
maintien au pouvoir des responsables actuels, accusés de corruption massive.
Le représentant spécial de l'ONU pour la Somalie, Augustine
Mahiga, fervent défenseur du processus actuel, n'a pu que dénoncer le 1er août
les "échanges et demandes de faveurs, de pots-de-vin et
l'intimidation" dans le processus de désignation des nouveaux députés.
Le président sortant Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, élu en 2009
après avoir rallié les institutions de transition qu'il combattait auparavant à
la tête d'une rébellion islamique, et personnalité contestée au sein même des
partenaires internationaux de la Somalie, est l'un des favoris du scrutin.
Sous sa présidence "les détournements systématiques,
les malversations et le vol pur et simple des fonds publics sont
essentiellement devenus un système de gouvernement", estimait ainsi le
Groupe de suivi de l'ONU dans son rapport de juillet.
Ses plus sérieux adversaires semblent son Premier ministre,
Abdiweli Mohamed Ali, et le président du Parlement sortant, Sharif Hassan
Sheikh Adan.

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