Le nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Sissi, a juré ce week-end que l'Égypte ne "cèderait" pas face à la "violence" des islamistes. À Bruxelles, les représentants des 28 États membres de l'UE devaient se réunir lundi pour se pencher sur la crise égyptienne.
Le général Al-Sissi s'exprimait pour la première fois depuis le
carnage de mercredi dernier (600 morts). Dimanche 18 août, lors d'un
discours devant des centaines d'officiers de l'armée et de la police, le
chef de la toute-puissante armée a juré que l'Égypte ne "cèderait" pas face à la "violence" des islamistes.
Après les violences qui ont fait près de 800 morts en cinq jours, le
général Abdel Fattah al-Sissi a promis aux islamistes qui ont choisi la
violence une riposte "des plus énergiques", sans considération apparente
pour le tollé déclenché dans les pays occidentaux dont certains parlent
de "massacres".
Lundi, à Bruxelles, en prélude à une possible réunion des ministres
des Affaires étrangères, se tiendra une première rencontre diplomatique
de haut niveau pour examiner la situation en Égypte. Dimanche, les
dirigeants de l'Union européenne, Herman Van Rompuy et Jose Manuel
Barroso, ont averti le gouvernement égyptien que l'UE était prête à "réexaminer" ses relations avec l'Égypte s'il n'était pas mis fin aux violences. Ils estiment que la responsabilité d'un retour au calme incombe à l'armée et au gouvernement.
Au Caire, dans ce qui apparaît être un geste d'apaisement, le
gouvernement a interdit les "comités populaires", ces milices de jeunes
armés prenant pour cible au Caire tous ceux dont ils pensent qu'ils sont
des islamistes - hommes portant la barbe ou femmes intégralement
voilées - ainsi que les journalistes étrangers qu'ils accusent de
défendre le camp du président Mohamed Morsi, déposé par l'armée. Après
les avoir laissés agir pendant des jours, le gouvernement les a accusés
dimanche de mener des actions "illégales".
La police égyptienne a aussi annoncé le décès, dimanche, de 36
détenus islamistes, asphyxiés par du gaz lacrymogène pendant une
tentative d'évasion. Ces 36 détenus, tous des Frères musulmans, ont péri
asphyxiés par les grenades de gaz lacrymogène tirées dans le camion qui
les transportait vers une prison près du Caire. Selon le ministère de
l'Intérieur, ils avaient kidnappé un officier de police et tentaient de
s'évader. Le convoi transportait plus de 600 prisonniers islamistes.
Les Frères musulmans ont pour leur part révisé à 35 le nombre de
prisonniers tués, alors que l'Alliance contre le coup d'État, qui
organise les manifestations, avait auparavant dénoncé un "assassinat" et
parlé de 52 détenus tués.
Les pro-Morsi marquent le pas
"Le meurtre de 35 prisonniers, des manifestants anti-coup d'État,
confirme la violence intentionnelle visant les opposants au coup d'État
et l'assassinat de sang-froid dont ils sont les cibles", indique la
confrérie dans un communiqué en anglais.
La mobilisation des pro-Morsi a semblé marquer le pas dimanche, les
manifestants redoutant sans doute davantage de morts dans leurs rangs,
décimés depuis cinq jours. Ils avaient annoncé neuf manifestations au
Caire, mais les ont quasiment toutes annulées "pour des raisons de sécurité". Plus d'un millier de manifestants et cadres des Frères musulmans ont été arrêtés en cinq jours, selon le gouvernement.
Dimanche soir, le pays était toujours sous état d'urgence et
couvre-feu. L'armée bloquait avec ses chars les grands axes de la
capitale, tandis que le ministère des Biens religieux a annoncé que les
mosquées seraient désormais fermées en dehors des heures de prières,
tentant ainsi d'éviter les rassemblements.
Les pro-Morsi avaient appelé samedi à une semaine de manifestations,
mais ils ne sont pas parvenus à mobiliser depuis, seuls quelques groupes
de manifestants ayant bravé le couvre-feu.
Scènes de guerre
Depuis que l'armée a destitué et arrêté le président Morsi le 3
juillet, l'Égypte est ensanglantée par des scènes de guerre inédites. Le
pays est divisé en deux camps qui semblent désormais irréconciliables :
d'une part les Frères musulmans, et de l'autre les partisans de la
solution sécuritaire de l'armée, qui l'a emporté sur les rares voix
prônant le dialogue au sein des nouvelles autorités.
Les forces de l'ordre ont désormais l'autorisation d'ouvrir le feu
sur les manifestants violents : mercredi, journée la plus meurtrière de
l'histoire récente de l'Égypte, environ 600 personnes avaient péri,
notamment dans la dispersion de deux sit-in pro-Morsi au Caire. Deux
jours plus tard, lors du "vendredi de la colère", 173 personnes ont été
tuées, en majorité des manifestants. Au total, 70 policiers ont trouvé
la mort en cinq jours dans ces violences.
Le pouvoir répète qu'il "combat le terrorisme" des Frères musulmans,
la confrérie qui avait remporté haut la main les législatives de début
2012, un an après la révolte populaire ayant provoqué la chute d'Hosni
Moubarak.
"L'usage excessif de la force" dénoncé
Les télévisions, publiques comme privées, affichent désormais en
permanence le logo "l'Égypte combat le terrorisme", en anglais à
destination de la communauté internationale. De son côté, la presse,
unanime, dénonce un "complot terroriste" des Frères musulmans. Le
gouvernement continue d'assurer que les membres de la confrérie pourront
participer au processus de transition prévoyant des élections début
2014, à l'exclusion de ceux qui ont "du sang sur les mains".
Les principaux dirigeants des Frères, dont leur Guide suprême en
fuite Mohamed Badie, seront jugés à partir du 25 août pour "incitation
au meurtre".
Sur le terrain diplomatique, Londres et l'ONU ont dénoncé un "usage
excessif de la force", alors que Berlin a appelé au "dialogue" pour
éviter la "guerre civile". La chancelière Angela Merkel a estimé qu'un
arrêt des livraisons d'armes était un moyen de pression approprié.
Des sénateurs américains, dont l'influent républicain John McCain,
ont demandé que les États-Unis suspendent la substantielle assistance
militaire - 1,3 milliard de dollars par an - à l'Égypte après le
"massacre". En revanche, l'Autorité palestinienne, la Jordanie, l'Irak
et surtout Ryad ont affirmé soutenir le pouvoir égyptien. Quant au
Qatar, principal soutien des Frères musulmans, il a dit aider l'Égypte
et non la confrérie, affirmant vouloir corriger des "conceptions
erronées". (Jeuneafrique)

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