La place qu’accorde l’Etat à la communauté extérieure : La semaine dernière, on a vu certains de nos compatriotes s’agiter lors de la visite de travail du président en France. Cela est tout à fait normal, cela participe du fonctionnement de la démocratie.
Ceux-là reprochent au Chef de l’Etat un grand nombre de choses,
entre autres sa longévité au pouvoir, le manque de démocratie, la mal
gouvernance, la violation des droits de l’homme, son incapacité notoire à
développer le pays, etc. Si certaines de ces critiques sont parfois fondées, on
peut se demander en retour ce que fait cette diaspora camerounaise estimée à
plus de 5 millions d’individus pour le développement du Cameroun ? Il est
difficile de dire avec précision comment est repartie cette diaspora à travers
les continents et les pays. Le gris de ces camerounais résidant à l’étranger
est en Afrique, principalement au Nigeria où ils sont plus de 2 millions de
personnes originaires surtout des régions anglophones du Nord-Ouest et du
Sud-ouest. On trouve également des Camerounais assez nombreux en Guinée
Equatoriale, attirés qu’ils sont par le boom économique de ce petit pays voisin
considéré comme un El Dorado pétrolier.
Les Camerounais ont déserté
quelque peu le Gabon pour ce nouvel émirat pétrolier. Hors du continent
africain, la deuxième communauté camerounaise de l’étranger réside aux Etats
Unis où elle est estimée à 800 000 personnes dont 300 000 environ ont acquis la
nationalité américaine. En France, on estime à plus de 600 000, le nombre de
Camerounais y vivant. Et en Allemagne, environ 20 000. Face à ceux qui ont
organisé des manifestations contre la présence de Paul Biya en France, ce
dernier a reçu des personnalités camerounaises résidant dans ce pays telles
Manu Dibango, Calixte Beyala, Marie Roger Biloa pour dire à ces opposants que
tout le monde n’est pas contre lui, même si on dit que c’était un rendez-vous
arrangé. C’est un remake de juillet 2009 à Paris, mois au cours duquel Paul
Biya en visite officielle en France avait demandé à ses compatriotes de
retourner au pays pour le développer.
Il est vrai que le Cameroun,
c’est-à-dire les autorités politiques ne font pas grand-chose pour encourager
le retour au pays de cette diaspora qui a un très fort potentiel économique,
intellectuel, culturel, sportif, technique, etc. On peut évoquer qu’une
division des Camerounais de l’étranger a été créée le 30 juillet 2005 au
ministère des relations extérieures, mais on ne sait pas à quoi elle sert.
Quand il était aux relations extérieures, l’actuel Ministre Délégué à la
présidence chargé du contrôle supérieur de l’Etat, Henri Eyebe Ayissi avait
déclaré: «Le défi aujourd’hui est de susciter une contribution plus
significative de nos compatriotes de l’étranger par des mécanismes et des
programmes d’incitation adéquats et transparents … Il s’agit dès lors de créer
des conditions nécessaires pour une plus grande mobilisation des ressources
financières et du capital humain de nos compatriotes à l’étranger, au travers
de projets intégrés associant dans un partenariat tripartite le gouvernement,
le secteur privé et la diaspora».
'La renaissance africaine viendra
des Africains capables de se former et se cultiver à outrance, hors des
sentiers tracés par le système dominant et sans limite pour avoir enfin
l'intelligence d'entrer en dissidence, d'entrer en rébellion culturelle et
indiquer la vraie voie du progrès humain en Afrique et non ce cirque permanent
de la mesquerie intellectuelle et de l'insuffisance morale.'(1)
On se souvient qu’en août 2010 un
forum avait été organisé au Palais des Congrès à Yaoundé. Il avait réuni un
échantillon représentatif des Camerounais de l’étranger très enthousiaste mais
deux ans après on ne voit pas de résultats concrets. Des actions ont également
été entreprises au Fonds National de l’Emploi (Fne) dirigé par Camille Mouthe à
Bidias depuis sa création en 1990. C’est le programme d’appui au retour des
immigrés camerounais (Paric) qui a été mis en place en 1999 pour valoriser les
compétences des Camerounais formés en occident. En 2010, 240 de nos
compatriotes ont pu regagner le pays grâce à ce programme, une goutte d’eau
dans un océan de compétences. S’agissant toujours du Fne, on ne sait pas grand
chose de l’agence internationale située du côté du stade omnisports de Yaoundé
dont la mission était de s’occuper du retour des Camerounais de l’étranger et
du placement des Camerounais à l’étranger. Beau programme mais qu’en est-il de
la suite ?
Le Ministère de la Jeunesse et de
l’Education Civique n’est pas en reste. Il y existerait un Programme d’Aide au
Retour et à l’Insertion des Jeunes de la Diaspora (Parjedi). On ne sait pas
grand-chose de ce programme, sinon que sa mission est de promouvoir le «retour
et l’insertion socio-économique réels ou virtuels des jeunes camerounais
résidant à l’extérieur du territoire national, âgés de 21 à 35 ans par le biais
d’une gestion concertée de la migration. (Avec) pour finalité de permettre aux
jeunes de la diaspora de participer au développement socio-économique du
Cameroun afin que le pays puisse ainsi tirer le plus grand profit de toutes ses
ressources». On n’entend plus parler de ce programme qui, s’il était
fonctionnel devait à terme promouvoir la création de juniors et seniors
entreprises «financées respectivement à hauteur de 25 et 50 millions de F CFA».
Au ministère de l’Enseignement Supérieur (Minesup), un programme de recrutement
de professeurs d’enseignement supérieur a été mis sur pied par le ministre
Jacques Fame Ndongo. Quelques Camerounais résidant à l’étranger ont mordu à
l’appât mais les conditions de salaire et de travail ont fait un flop.
II- L’apport des Camerounais de
l’étranger
A l’heure où nous écrivons ces
lignes, les mesures prises par l’Etat du Cameroun pour favoriser le retour de ses
nationaux au pays ont échoué. Les propositions d’Aurore Plus sont les
suivantes: – Faciliter l’accès des terrains aux Camerounais de l’étranger pour
construire les logements et les entreprises. Ce qui est fait actuellement est
dérisoire. Il faudrait faire comme l’Etat d’Israël qui donne gratuitement des
terrains à tous les Juifs installés à l’étranger et qui veulent renter dans ce
pays. De plus, l’Etat israélien subventionne la construction des logements de
tous ceux qui rentrent; – Pour la création des entreprises, des facilités
doivent être systématiquement accordées à ceux qui rentrent au Cameroun comme
par exemple ne pas payer les impôts pendant un certain nombre d’années; – La
mise en place effective de fonds (et non des annonces sans effet) à la disposition
de ceux qui veulent se lancer dans l’investissement productif; – Pour les
enseignants du supérieur, on pourrait revoir les conditions salariales de ceux
qui acceptent de rentrer définitivement au pays, mais seulement cela créerait
une discrimination avec ceux qui sont sur place; – La création d’un ministère
des Camerounais de l’extérieur.
'La diaspora intellectuelle africaine est donc une ressource
géostratégique pour le progrès de l’Afrique. Le plus important est de savoir
s’en servir pour le mieux afin de sortir l’Afrique du sous -développement. Le
rôle de la diaspora devient de plus en plus un sujet d’actualité à travers le
monde.'(2)
Généralement ils dénoncent la
mauvaise gestion du pays sous toutes ses formes (corruption, tribalisme) pour
ne pas rentrer au pays. Mais eux-mêmes ne sont pas exempts de lacunes,
insuffisances quand bien même ils font quelques bonnes choses pour le pays. En
effet, même s’ils ne sont pas d’accord avec la politique du président Paul
Biya, qu’est-ce qui les empêche de rentrer au pays et d’y investir ou qu’est-ce
qui les empêche de rester dans leur pays d’accueil et d’investir au Cameroun.
Prenons l’exemple du Mali, est-ce que tous les Maliens qui rentrent chez eux ou
qui investissent au Mali en demeurant à l’extérieur soutiennent automatiquement
la politique du régime en place? De même, est-ce que tous les Juifs qui
rentrent en Israël sont ou pas d’accord avec tous les gouvernements qui se sont
succédé à la tête d’Israël? Que non! C’est donc une mauvaise querelle qu’on
fait au Président Paul Biya. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais ce
n’est pas suffisant. Quand on parle d’immobilier, c’est leur maison personnelle
construite au village ou en ville mais cela ne crée que des emplois éphémères,
le temps de la construction.
La plupart des Camerounais
résidant à l’étranger s’adonnent à une activité qui leur est particulière:
envoyer de l’argent régulièrement à leurs familles restées au pays pour des
besoins alimentaires, sanitaires, scolaires et autres. Pour tout dire, de
l’argent pour l’entretien de la famille. Un certain nombre de Camerounais de la
diaspora dispense des enseignements supérieurs publics dans les établissements
d’enseignement supérieur public et privé. C’est une bonne chose, mais pourquoi
ne rentrent-ils pas définitivement mettre leur expertise au service de leur
pays, surtout ceux qui ont bénéficié des bourses d’Etat pour aller poursuivre
leurs études supérieures à l’étranger ? Certains de nos compatriotes ont le
cœur sur la main. C’est grâce à l’un d’entre-eux que le centre hospitalier
universitaire (Chu) de Yaoundé à la tête duquel trône depuis de nombreuses
années le Pr. Maurice Nkam (département de la Menoua, région de l’Ouest) a reçu
un équipement au cobalt 60 destiné au traitement du cancer. De temps en temps,
d’autres Camerounais de la diaspora font des dons en matériels et médicaments à
la faculté de médecine de l’université des montagnes, un établissement privé de
bonne réputation situé dans le département du Ndé, région de l’Ouest.
III- Impact politique
Parmi les Camerounais de la
diaspora, certains sont dans l’opposition systématique à Paul Biya. Peut-on les
qualifier d’opposants? Oui et non! Si en effet certains sont des vrais
opposants au régime de Paul Biya, d’autres ne le sont pas en réalité, ils font
partie de la société civile, membres d’Ong de défense des droits de l’homme,
des libertés politiques. Assez nombreux sont ceux qui militent dans le parti au
pouvoir et se recrutant surtout dans les régions du Centre et du Sud. Lors du
scrutin présidentiel du 09 octobre 2011, ils ont massivement voté pour Paul
Biya. Sur les 15 648 suffrages valablement exprimés des Camerounais de la
diaspora, 10 599 voix sont allées à Paul Biya, soit 67,7339%. Au lieu donc de
passer leur temps à critiquer Paul Biya à partir d’où ils vivent, les
Camerounais de la diaspora devraient faire comme les diasporas de certains
autres pays.
IV- L’exemple des autres pays
Le père de la bombe atomique
chinoise était de la diaspora
Même s’ils sont contre la
politique de leur pays d’origine, la Chine, les membres de la diaspora chinoise
sont nationalistes dans leur grande majorité. Et ils font beaucoup de choses
pour leur pays. Ingénieur atomiste (comme l’ancien président démocrate
américain Jimmy Carter), ce sino-américain, fait partie de l’équipe américaine
chargé, à ,la fin de la seconde guerre mondiale de faire main basse sur les
documents, les savants, le matériel de laboratoire allemand, relatifs à la
recherche nucléaire. A son retour aux Etats-Unis, il fut exclu du programme
atomique américain et en 1951, il fut autorisé à rentrer en Chine. Erreur
fatale pour les Américains qui avaient cru que l’éloignement des laboratoires
de l’ingénieur d’origine chinoise pendant quelques années avait fait oublier à
ce dernier, toutes les ficelles de son métier. Une fois rentré en Chine, il se
mit au service de Mao Tse Toung qui avait pris le pouvoir en 1949. Il se mit
aussitôt au travail. En 1959, l’Urss cessa toute coopération avec la Chine dans
le domaine en expulsant les étudiants chinois qui y étaient formés. En 1964, la
Chine a fait exploser sa première bombe atomique dans le désert du Sin Kiang, à
l’ouest du pays. Si la Chine est aujourd’hui la deuxième puissance mondiale,
c’est en partie grâce à sa diaspora. En effet, pendant des années la Chine a
envoyé à l’étranger, principalement aux Etats-Unis, des dizaines de milliers
d’étudiants dans les disciplines scientifiques. Une fois leurs études
terminées, ils sont restés aux Etats-Unis parfois pendant une vingtaine
d’années, le temps d’acquérir de l’expérience et d’accumuler des fonds pour
rentrer après en Chine. Et cela a payé.
Israël
C’est un Juif de la diaspora, le
journaliste autrichien Theodor Herzl qui est à la base de la création de l’Etat
d’Israël en 1948. Les juifs de la diaspora (présents dans plus de 100 pays) ont
joué un rôle éminent dans la mise au point de la bombe atomique et de la bombe
H. on peut citer Albert Einstein (Allemagne), Julius Robert Oppenheimer
(Etats-Unis), Niels Bohr (Danemark), Léo Szilard (Hongrie), Edward Teller
(Hongrie) futur père de la bombe H. En France, les juifs quoiqu’au nombre de
600 000 seulement occupent le devant de la scène. Nicolas Sarkozy est juif,
François Hollande a du sang juif dans les veines, Jack Lang, l’ancien ministre
de la culture de François Mitterrand l’est également, tout comme Me Robert
Badinter, Laurent Fabius le ministre des affaires extérieures de Hollande, etc.
Cette diaspora joue un très grand rôle dans la défense des intérêts de l’Etat
d’Israël. Le lobby juif est très puissant aux Etats-Unis en particulier et dans
le monde en général. Les pays d’Asie du sud-est communément appelés les petits
dragons (Taïwan ou l’île de Formose), la Corée du Sud, ont émergé grâce en
partie à la diaspora. Une diaspora qui n’est pas toujours d’accord avec les
régimes en place. Pourquoi donc une grande partie de la diaspora camerounaise
au lieu de construire le pays passe le temps à combattre Paul Biya qui n’est
pas «éternel», comme il l’a dit lui-même la semaine dernière en France? C’est
après le départ du Chef de l’Etat qu’ils vont se mettre à investir au Cameroun?
Le Pakistan
Le père de la bombe atomique
pakistanaise est le Dr Abdul Khan, docteur en métallurgie formé en Allemagne et
aux Pays-Bas où il était resté de nombreuses années. On lui avait fait
confiance en le laissant travailler dans le secteur du nucléaire. Et puis un
beau jour il rentre au Pakistan où il se met à la disposition du dictateur
général Zia Ul Haq. On connaît la suite; la bombe atomique pakistanaise.
L’Inde
Ce pays a formé beaucoup de
scientifiques dans les universités britanniques et américaines. Ce sont eux
avec les Pakistanais qui peuplent les laboratoires de recherche
anglo-américains dans les domaines de la chimie et de la physique. Ce sont les
Indiens de la diaspora rentrés au pays qui ont mis au point la bombe atomique
indienne en 1974. Ils représentent aujourd’hui 50% du personnel scientifique de
la Nasa, l’agence spatiale américaine.
'« Je voudrais » n’a jamais rien fait. « J’essaierai » a fait
de grandes choses. « Je veux » a fait des miracles. Il n’est donc plus question
pour la classe politique africaine de se limiter aux discours et aux promesses
souvent non tenus et creux. Il est temps de passer aux actions concrètes pour
tirer le meilleur parti de l’expertise et des richesses de sa diaspora pour
espérer sortir du labyrinthe de la néguentropie, du cercle vicieux du
sous-développement. La diaspora intellectuelle africaine doit impérativement
être au cœur de la perspective du développement des États africains. Cette
diaspora manifeste globalement la volonté de participer à ce défi de taille. Il
importe aux dirigeants des pays de les associer dans un environnement
sécuritaire et favorable à l’éclosion de la recherche scientifique et
technologique. C’est alors que le développement durable du continent africain
sera possible et son avenir meilleur dans les prochaines décennies. Chacun
d’entre nous a sa partition à jouer dans cet effort global pour la prospérité
du continent.'(3)
©Wao : Béatrice Seupa Ng.
(1)Jean Paul POUGALA (il dirige l'Institut
d'Etudes Géostratégiques de Douala au Cameroun, Genève en Suisse et Tianjin en
Chine)
(2), (3) «
L’avenir de l’Afrique : La diaspora intellectuelle interpellée » par Le journaliste
camerounais Ferdinand Mayega
Africapresse : Publié par Aurore Plus+ Feb 15th, 2013
et classé dans Actualités, Diaspora, Société.
![]() |
| Opinions : animée par Béatrice Seupa Ng. |



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