À peine le FPR a-t-il remporté haut la main les législatives rwandaises du 16 septembre que chacun s'interroge. Ce scrutin ouvre-t-il la voie à un troisième mandat du président Kagamé ?
Que va-t-il faire de sa victoire ? En remportant, sans
surprise et très largement, les élections législatives du 16 septembre, le
Front patriotique rwandais (FPR), le parti au pouvoir, a les coudées franches
jusqu'en 2017, date de la fin du mandat du président Paul Kagamé.
D'après la Constitution de 2003, ce devrait être son
dernier. Mais, à Kigali, une question est déjà dans toutes les têtes : le
pouvoir va-t-il modifier la loi fondamentale pour offrir un troisième mandat au
chef de l'État ? Il lui faudrait pour cela obtenir un vote des deux chambres du
Parlement à la majorité des deux tiers, suivi d'un référendum. Au vu du score
qu'il a obtenu lors de ces législatives (76,22 %, auxquels s'ajoutent les 13,03
% du Parti social-démocrate et les 9,29 % du Parti libéral, deux alliés du
gouvernement), le FPR en a la capacité. D'autant que le taux de participation
officiel (98,80 %) a montré qu'il parvenait à mobiliser les Rwandais dans le
sens souhaité.
"Changement, continuité et stabilité"
En février, le FPR avait déjà mis sur pied une commission
pour réfléchir à l'après-2017, avec pour objectif de parvenir au
"changement, à la continuité et à la stabilité". Et on ne compte plus
les appels à une nouvelle candidature de Paul Kagamé. Faut-il y voir l'initiative
de partisans zélés ou un véritable début de campagne, orchestré par les proches
du président ? Hantée par le souvenir du génocide de 1994, une partie de
l'élite préférerait, de fait, voir Kagamé rester à la tête du pays pour
garantir la sécurité.
Mais qu'en pense l'intéressé ? Après s'être longtemps dit
catégoriquement opposé à l'éventualité d'un troisième mandat, le chef de l'État
tient aujourd'hui des propos beaucoup plus ambigus. Il pourrait choisir une
formule intermédiaire, dans laquelle il continuerait à jouer un rôle tout en
quittant la fonction de président - une solution qui aurait le mérite de moins
l'exposer aux critiques de la communauté internationale, dont l'aide alimente
40 % du budget de l'État. À moins que Kagamé, dans la bouche de qui le mot
agaciro ("dignité", en kinyarwanda) revient de plus en plus souvent,
décide qu'après tout il peut se passer de son approbation.(Jeuneafrique)

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